Juste une illusion électoraliste : édito n°67

Publié le 21 Mai 2026

Juste une illusion électoraliste : édito n°67

La parenthèse de "la fin de l'Histoire" semble définitivement fermée. L'idéologie de Fukuyama postule le règne de la démocratie libérale et du marché avec la fin des guerres et des conflits de classe. La période des guerres, des crises et des révolutions est enterrée dans les manuels d'histoire. Le retour de l'histoire éclate clairement avec les révoltes de 2011. Les guerres saturent désormais l'actualité tandis que la crise économique et pétrolière resurgit.

La montée de l'extrême droite s'observe également dans de nombreux pays du monde. En France, l'extrême droite est devenue la nouvelle pensée unique. Le néolibéralisme largement impopulaire et discrédité est déguisé sous une idéologie raciste et sécuritaire. Cette stratégie date de Sarkozy. Désormais, l'empire médiatique de Bolloré mais aussi le débat public avec l'immigration et l'insécurité donnent le tempo des préoccupations de la bourgeoisie radicalisée.

L'extrême droite se débarrasse des formalités légales et de la bienséance bourgeoise pour affirmer la violence des rapports de classe. L'idéologie libérale s'attache à maquiller l'exploitation et la violence du capital derrière un discours tiède et consensuel. L'extrême droite a au moins le mérite d'abandonner cette posture hypocrite pour assumer le racisme et la domination patronale.

Mais la gauche modérée s'accroche au vieux monde. Le débat policé entre centre droit et centre gauche a été broyé par la clarification macroniste. La Fondation Saint-Simon, la revue Le Débat, les éditions Grasset, SOS Racisme et le PS sont définitivement relégués au monde d'avant. Radio France, C Politique, nombre d'intellectuels de gauche continuent également de vivre dans cet imaginaire des années 1980. La CFDT, principal syndicat en France, reste figé dans cette idéologie.

Restent le chiraco-gaullisme de Villepin et le socialisme jospinien de Mélenchon. Même LFI, présenté comme le summum de la radicalité, s'enferme dans le légalisme et l'électoralisme. Néanmoins, le temps de la négociation et de la discussion entre gens raisonnables semble définitivement révolu. Le rapport de force et la lutte des classes deviennent le seul langage qui peut freiner le patronat fascisant.



Après les formalités municipales, la course à la présidentielle est lancée. Dans un contexte de reflux des luttes, même les activistes des mouvements sociaux reposent tous leurs espoirs sur le retour de la gauche au pouvoir. Même après la politique de rigueur de Mitterrand ou le libéralisme autoritaire des années Hollande. Même après l'illusoire victoire du NFP qui débouche vers Retailleau au Ministère de l'Intérieur. Malgré ses débâcles, l'aveuglement électoraliste persiste.

La leçon des élections, c'est le vote barrage qui permet la survie du bloc bourgeois (la droite, le centre gauche et les débris du macronisme). Les électeurs de gauche font barrage à l'extrême droite, et inversement. Les 3 blocs se neutralisent mutuellement. La seule alliance qui se dessine c'est celle entre le bloc bourgeois et l'extrême droite. Même l'incontournable historien Johan Chapoutot en convient. C'est bien la seule promesse concrète qui peut sortir des élections. Mais l'historien proche de LFI ne tire malheureusement pas de son constat lucide une analyse anti-électoraliste.

La France insoumise convoque sa théorie du 4e bloc et prétend mobiliser les abstentionnistes. Pourtant, le phénomène électoral le plus clair, le plus durable et le plus enraciné demeure l'abstention. Faire venir aux urnes les classes populaires apparaît comme un enjeu encore plus lointain et utopique que de les faire venir sur des barricades enflammées. Les piquets de grève serait déjà un bon début. Mais LFI reste déconnectée du monde du travail et des préoccupations concrètes des classes populaires. LFI préfère s'accrocher à un programme peu crédible dans sa mise en place. Un parti qui cède à la pression médiatique pour rendre hommage à un nazi risque de s'effondrer rapidement au pouvoir.

Ensuite, LFI demeure enfermée dans la marginalité électorale. Les seuls mouvements majoritaires en France ne viennent pas des urnes et de la rue. La révolte des Gilets jaunes ou même les mouvements contre la réforme des retraites s'appuient sur un large soutien. C'est à partir de cette base sociale que peut s'amorcer un processus de transformation. Surtout, le programme de LFI suppose un soulèvement d'ampleur pour être appliqué avec des grèves, des blocages et des occupations. Les dirigeants LFI les plus lucides en conviennent. Mais, dans un tel contexte, s'arrêter au programme de LFI revient à briser un mouvement capable de reverser l'ordre capitaliste. Pourquoi s'arrêter en chemin ? Le réformisme de LFI vise à désamorcer les révoltes sociales plutôt que de les raviver. 

 

Sommaire numéro 17 :

 

Néo-fascismes

Marcuse face au néo-fascisme

L'Amérique de Trump

Culture geek et néo-fascisme

Le nouveau fascisme en France

 

Luttes dans le monde

Le miroir du Proche-Orient

Les révolutions de notre temps

La politique des révoltes

Les résistances affectives

 

Autonomie ouvrière

Les marxistes hétérodoxes

Les militants conseillistes en France

Le quotidien ouvrier

Parole ouvrière et luttes sociales

Publié dans #Numéros complets

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