10 septembre depuis la base : édito n°64

Publié le 28 Août 2025

10 septembre depuis la base : édito n°64

La majorité Macron-RN lance une politique d'austérité toujours aussi violente. Le plan Bayrou prévoit de nous faire travailler plus pour gagner moins. Inutile de revenir sur le détail des mesures qui vont renforcer la misère et les inégalités sociales. La suppression de 2 jours fériés, le déremboursement des arrêts maladie ou le gel des aides sociales restent emblématiques. Ce plan Bayrou prévoit également d'attaquer le droit du travail. En revanche, la taxe Zucman qui prévoit de prélever quelques pièces du pactole des milliardaires déclenche l'hostilité de la classe politique. Comme toujours, l'État se range du côté du patronat.

Le personnage de Bayrou inspire également quelques réflexions sur les postures politiques. Les plus jeunes ne se souviennent pas de la figure morale farouchement opposée au sarkozysme qui avilie la droite avec sa politique raciste et autoritaire. Quelques années après, il dirige un gouvernement réactionnaire flanqué du vendéen Retailleau qui singe un Sarkozy aussi tonitruant qu'inefficace et alimente le développement de l'extrême droite. Le benêt sympathique des Guignols de l'info est devenu le serviteur zélé des capitalistes et des réactionnaires. Derrière les postures, les pratiques des politiciens en disent long.

Dominique de Villepin, malgré ses positions gaullistes et courageuses sur la politique internationale, reste le Premier ministre du CPE et de l'état d'urgence pour réprimer la révolte après la mort de Zyed et Bouna en 2005. Jean-Luc Mélenchon continue de purger les cadres de LFI qui osent critiquer les privatisations et le bilan du gouvernement Jospin auquel l'ancien socialiste a collaboré. L'épreuve du pouvoir permet de faire tomber les masques.

Le Plan Bayrou incarne la guerre sociale et suscite l'hostilité de la majorité de la population. Cependant, la riposte doit se hisser à la hauteur des enjeux. Il est désormais clair que les pitreries politiciennes relèvent du spectacle. Les motions de censure ne servent à rien. Les brailleries de LFI relèvent de l'impuissance incantatoire. Les pétitions, comme celle contre la Loi Duplomb, ne sont pas de nature à infléchir un pouvoir en roue libre. Seul un rapport de force dans la rue et dans les entreprises, avec une généralisation de la grève, peut s'opposer à cette politique d'austérité.

 

Les directions syndicales demeurent toujours attentistes. La routine de la rentrée sociale ne provoque que des bâillements. Cependant, l'appel du 10 septembre peut accélérer le rythme de la contestation. Les tribulations burlesques avant son éclosion dans le monde réel semble également révélatrices d'une période de zapping et d'aliénation virtuelle. Certes, cet appel illustre la confusion citoyenniste de la période. Le blocage économique ne passe pas uniquement par la grève, mais aussi par le boycott de la consommation ou l'étrange proposition du paiement en argent liquide.

Cependant, il semble nécessaire d'acter l'atomisation du prolétariat pour renouer avec des pratiques de grève et d'action directe. Contrairement aux Gilets jaunes, le 10 septembre n'est pas un appel à s'emparer des péages ou des rond-points. Les lieux de rendez-vous se conforment davantage aux rassemblements routiniers de la gauche, même dans sa version Nuit debout. Ce qui semble plus tiède et plus petit bourgeois que l'insurrection des Gilets jaunes.

Néanmoins, les dynamiques sociales restent imprévisibles. Les initiatives spontanées, en dehors des partis et des syndicats, doivent être encouragées. Les mouvements sociaux sortent désormais du folklore de la gauche qui respire la défaite et l'impuissance. L'esthétique de la confusion citoyenniste prédomine. Cependant, ce ne sont plus les discours mais les actions et les pratiques de lutte qui donnent la tonalité offensive d'un mouvement.

Quelles que soient les suites et l'ampleur du 10 septembre, cette initiative donne une tonalité nouvelle. Il n'y a rien à attendre de l'intersyndicale en dehors d'un argumentaire digne de LFI et de la gauche réformiste. En revanche, la dynamique du mouvement doit être impulsée depuis la base. La protestation ne doit pas reposer uniquement vers des palabres citoyennes types Nuit debout. Les assemblées doivent permettre de se coordonner pour débrayer dans les entreprises et impulser des actions de blocage économique.

 

Quelques caractéristiques originales se dégagent déjà de ce mouvement inédit. Il semble révélateur de l'évolution des réseaux sociaux. Le 10 septembre émerge de comptes Facebook et X d'extrême-droite. Mais de nombreux Gilets jaunes se saisissent de l'appel. La date est ensuite relayée par des groupuscules de gauche qui suivent les Gilets jaunes. L'appel est ensuite relayé dans les grands médias. Entre incompétence et malhonnêteté intellectuelle, le 10 septembre est associé uniquement à l'extrême droite. Ce qui permet de discréditer un éventuel mouvement social.

C'est sans doute le seul appel qui parvient à dépasser sa bulle de filtre numérique initiale. Les algorithmes des réseaux sociaux favorisent ce qui provient de l'extrême droite. Des Gilets jaunes confusionnistes suivent l'extrême droite. Mais des Gilets jaunes plutôt de gauche suivent toujours leurs anciens camarades malgré leur dérive durant la pandémie de Covid vers le complotisme. Ces Gilets jaunes sont eux-mêmes suivis par des militants de gauche. Ainsi, le 10 septembre dépasse plusieurs bulles pour passer de l'extrême droite à l'extrême gauche.

Ensuite, cet appel reste motivé par l'opposition au plan Bayrou. Mais ses propositions d'action restent diverses. Le retrait de l'argent des banques reste une vieille marotte d'extrême-droite. Ce type d'action vise les banquiers supposés juifs. "Bloquons tout" devient le mot d'ordre fédérateur. Mais, tandis que les confus appellent à se confiner, les gauchistes y voient des actions de blocage économique. "Grèves, boycott, blocages" deviennent les pratiques mises en avant. Avec la grève et le blocage s'ajoute le boycott. Cette pratique citoyenniste ressurgit avec le mouvement pour la Palestine et le collectif Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Le mouvement se structure sur la plateforme Telegram, avec des salons thématiques et surtout des groupes locaux. Rapidement, les échanges confus dans le virtuel se déploient dans le monde réel. Des assemblées locales émergent dès le début du mois d'août. Ces réunions permettent de se rencontrer. Étudiants, chômeurs, retraités et salariés composent une diversité sociale importante. Ces assemblées dépassent largement les habituels cercles militants et permettent aux anciens Gilets jaunes de se retrouver.

Surtout, de nouvelles personnes participent à leur premier véritable mouvement social. Les assemblées comprennent qu'il n'est plus possible de s'appuyer sur les réseaux sociaux en raison des bulles de filtre et des algorithmes qui favorisent l'extrême droite. Ce mouvement renoue avec le collage d'affiches et la distribution de tracts dans une énergie nouvelle qui tranche avec le défaitisme blasé des militants gauchistes. L'auto-organisation et le Do It Yourself prédominent pour diffuser des tracts et des affiches.

 

Les assemblées locales discutent de diverses stratégies pour construire le 10 septembre. Le mouvement assume la diversité des tactiques, même si quelques préférences subjectives peuvent s'exprimer ici. Les totos citoyens proposent des blocages de périphériques. C'est ce qu'avaient tenté les Gilets jaunes au début. Mais ce type de pratiques suppose un soutien tacite de la population et suffisamment de grévistes pour agir. Surtout, les totos citoyens sont toujours en quête de la solution miracle, aussi spectaculaire et symbolique que marginale. Cette mouvance de l'appelisme décomposé n'a jamais autant d'imagination que lorsqu'il faut fuir la lutte des classes et la confrontation directe avec les patrons et l'exploitation capitaliste. Malheureusement, il n'existe aucune solution miracle. Toutes les idées doivent être tentées. Mais sans s'appuyer sur une grève de masse, les blocages économiques se réduisent souvent à des happenings inoffensifs et folkloriques.

Le mouvement du 10 septembre, conformément à la logorrhée gauchiste, insiste sur les fameux "secteurs bloquants". Rien n'est plus faux. Le mouvement de 2023 a montré la faillite de cette stratégie glorifiée de la CGT jusqu'aux débris du mouvement autonome. Des grèves reconductibles ont éclaté en 2023 dans les transports, dans l'énergie mais aussi dans les raffineries. L'échec s'est révélé cuisant. Les assemblées interprofessionnelles de base doivent cesser de se mettre à la remorque des syndicats. Les actions et débrayages dans les entreprises doivent viser en priorité les déserts syndicaux. Ce sont les secteurs les plus atomisés et précarisés qui ont besoin d'un soutien extérieur. Davantage que les permanents syndicaux de la SNCF ou d'autres entreprises publiques.

La propagation de la grève se révèle surtout décisive dans les petites et moyennes entreprises pour briser la routine de la tyrannie managériale. La grève permet de réactiver la conflictualité dans les entreprises et d'impulser une dynamique collective dans un monde du travail atomisé. La grève permet de recréer du collectif et de redresser la tête. La grève attaque directement le profit des entreprises pour paralyser le capitalisme. C'est à partir de grèves massives que peuvent se propager des actions de blocage, d'occupation et de réorganisation des lieux de production.

 

Publié dans #Numéros complets

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