Guerres, blocus et révolutions : édito n°68
Publié le 6 Août 2026
Des chefs d'État aux anarchistes antimilitaristes, en passant par les pseudo-experts en géopolitique, les analyses des conflits militaires se révèlent archaïques. Ce sont les vieilles grilles d'analyse qui sont recyclées. Certes, le conflit entre Russie et Ukraine rappelle la guerre de tranchées de 1914 avec ses tonnes de morts de soldats pour quelques mètres d'avancée sur la ligne de front. Certes, la guerre froide semble resurgir dans le conflit multiforme entre le bloc Chine-Russie-Iran et le bloc États-Unis-Europe-Israël. Ensuite, la Palestine apparaît comme le dernier vestige des luttes anticoloniales.
Néanmoins, de nombreux paramètres ont considérablement changé. La puissance militaire semble obsolète. De l'extrême droite à LFI, tous les politiciens ne jurent que par le réarmement. Pourtant, toutes les guerres impérialistes ont été perdues, au moins depuis l'Algérie et le Vietnam. Les éphémères victoires militaires se traduisent en défaites politiques depuis les guerres coloniales des années 1960. L'URSS et les États-Unis ne sont jamais parvenus à imposer leur volonté en Afghanistan malgré des dépenses militaires folles et des milliers de morts. La France accumule les débâcles même dans son "pré-carré" africain. La guerre de la gauche au Mali a renforcé les islamistes. Même un génocide en Palestine ne parvient pas à supprimer la population de Gaza qui résiste au milieu du chaos.
Bref, les armées démontrent surtout que le ridicule peut tuer. Mais la guerre ne se réduit plus à deux armées puissantes qui s'affrontent avec un traité de paix qui vient mettre un terme aux combats. L'enlisement de la guerre en Ukraine ne répond à aucune logique politique et militaire. Pire, des chefs d'État ont intérêt à la guerre pour se maintenir au pouvoir. Zelensky et Netanyahu savent que des poursuites judiciaires pour corruption et crimes de guerre les attendent après la fin des massacres. Poutine et le pouvoir iranien utilisent la guerre pour réprimer leur opposition et réaffirmer leur pouvoir sur la population. La guerre ne vise pas la victoire finale mais uniquement la survie d'un pouvoir politique aux abois.
La guerre en Iran permet de renouveler les analyses. La dimension économique joue un rôle majeur. L'Iran survit malgré son embargo avec l'appui de la puissance chinoise, discrète mais efficace. Ensuite, l'Iran ne s'appuie plus uniquement sur sa vieille stratégie de l'armement nucléaire. Le blocage du détroit d'Ormouz (OCL) permet de paralyser la circulation de marchandises, notamment du pétrole. Ce levier économique stratégique suffit pour faire plier Trump et la plus grande puissance militaire. Cette débâcle historique de l'impérialisme occidental révèle la dimension stratégique de la production et de la circulation de marchandises dans une économie mondialisée.
Néanmoins, beaucoup d'observateurs se focalisent uniquement sur les États avec leur armée et leurs ambassades. Au contraire, les populations n'ont jamais joué un aussi grand rôle. Les géopolitologues les veulent simples pions dans le grand échiquier militaire. Les anti-impérialistes campistes les veulent victimes éternelles. Les anarchistes antimilitaristes les veulent embrigadées dans la propagande guerrière. Pourtant, ce sont les révoltes sociales qui deviennent le moteur de l'histoire au XXIe siècle. Les vagues de soulèvements en 2011 et en 2019 ont été de puissantes déflagrations. Malgré des retours à l'ordre, des dictatures ont été renversées et des sociétés ont été profondément modifiées. La guerre en Iran a avant tout visé à écraser la puissante révolte de 2026. La population iranienne, malgré les bombardements, ne soutient plus son régime.
Surtout, les grèves et les blocages économiques deviennent une arme redoutable. Certes, le blocage du détroit d'Ormouz est opéré par un État, mais par une puissance militaire inférieure. Surtout, des grèves locales ont permis de jouer un rôle international majeur. L'insurrection à Minneapolis a permis à Trump une défaite cinglante. Alors que tous les chefs d'État se prosternent devant ce grotesque personnage, c'est le prolétariat qui lui tient tête et le fait reculer. La grève à Gènes a également fait reculer le pouvoir néo-fasciste en Italie. Meloni est désormais obligée de reconnaître la Palestine. La multiplication de grèves et de blocages peuvent évidemment devenir la plus grande puissance internationale. C'est d'ailleurs l'analyse de classe qui semble s'évaporer dans les bavardages géopolitiques. Pourtant, tous les États restent traversés par des clivages de classe qui débouchent vers des révoltes avec de véritables changements politiques et sociaux plus profonds que les crises diplomatiques pour chaînes d'info.
Face aux guerres, à la planète qui brûle ou à l'aliénation technologique, la solution ne viendra pas des experts, des politiciens ou des alternatives locales. Seule une prise de contrôle de la production par les prolétaires eux-mêmes et elles-mêmes peut permettre de réorganiser l'économie vers une satisfaction des besoins fondamentaux. Les révoltes, les grèves et les blocages doivent permettre l'émergence de structures d'auto-organisation qui permettent à la population de décider quoi et comment produire.
Sommaire n°68 :
Fronts populaires
L'actualité du Front populaire
Les Fronts populaires dans le monde
Socialisme libertaire
Le socialisme de René Lefeuvre
Le socialisme de Jospeh Andras
Mauvais genre
La culture populaire en France
Les politiques du polar
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