Témoignage sur l'Aragon de 1936

Publié le 27 Août 2026

Témoignage sur l'Aragon de 1936
La révolution espagnole de 1936 ne se réduit pas à une réaction face au coup d'État militaire. En Aragon, des expériences de collectivisations permettent une production commune. Ce moment permet de transformer la vie quotidienne mais porte également une perspective de renversement de la logique marchande.

 

 

Le moment de la révolution espagnole de 1936 demeure incontournable. Pourtant, la transition démocratique impose une loi d'amnistie. Les affrontements entre les anarchistes et les franquistes sombrent dans l'oubli. Néanmoins, un regain d'intérêt resurgit désormais pour cette période historique. Les témoignages deviennent précieux pour comprendre la singularité de la révolution de 1936.

Maria Sesé Sarvisé, exilée près de Narbonne, évoque le bouillonnement libertaire de sa jeunesse. Elle grandit en Aragon. Dans cette région, l'anarchisme semble plutôt récent. Le syndicat de la CNT se développe dans les années 1930 après l'arrivée de jeunes qui émigrent pour trouver du travail. La terre agricole demeure possédée par une poignée de propriétaires malgré la proclamation de la République en 1931. Maria Sesé Sarvisé confie son témoignage dans Souvenirs d'une exilée espagnole 1936-1975.  

 

 

                            Souvenirs d'une exilée espagnole 1936-1975

 

 

Révoltes sociales

 

Ariane Miéville présente ce témoignage et surtout son contexte historique. Entre 1932 et 1934, l'Espagne est secouée par une période insurrectionnelle. En janvier 1932, des mineurs catalans déclarent la grève générale et proclament le communisme libertaire. Mais l'armée écrase le mouvement après cinq jours d'affrontements. En janvier 1933, à l'annonce d'une grève ferroviaire, de nouvelles insurrections éclatent à Barcelone et se propagent en Catalogne, en Andalousie et dans d'autres régions. Les archives de propriété sont brûlées, mais les révolutionnaires se retrouvent isolés et réprimés.

Les militants de la CNT considèrent ces soulèvements comme prématurés. Ils estiment que la révolution suppose une longue préparation culturelle. Ils tentent de s'appuyer sur les ouvertures de la démocratie. Néanmoins, des anarcho-syndicalistes considèrent la République aussi répressive que la dictature. De nouvelles révoltes éclatent en octobre 1934. L'insurrection des Asturies s'appuie sur un comité révolutionnaire qui regroupe des socialistes, des communistes et des anarchistes. Mais l'armée de Franco bombarde les villes et les villages.

 

 

Révolution de 1936

 

En 1936, le Frente popular instaure des lois sociales. Des grèves accompagnent ces avancées, mais semblent plus minoritaires que le mouvement de 1936 en France. L'armée lance un coup d'État. Mais la République redoute davantage la révolution que les militaires. Dans les régions qui ne subissent pas l'occupation militaire, des soulèvements éclatent. En Aragon, une majorité de la population participe à la collectivisation de l'économie. Le Conseil d'Aragon reste composé d'une majorité de libertaires.

Au contraire, les communistes ne cessent de défendre la propriété privée et s'opposent aux anarchistes. Bien que groupusculaire, le Parti communiste demeure soutenu par Moscou qui envoie des armes et des agents de répression. Le gouvernement, qui comprend pourtant des dirigeants de la CNT, participe à la répression des anarchistes. En 1937, à Barcelone, les staliniens attaquent le local de la CNT et massacrent ses militants. En Aragon, les communistes répriment également les collectivités. En 1938, la révolution est écrasée avec l'appui des bombardements de Franco.

 

 

                

 

 

Témoignage en Aragon

 

Maria Sesé Sarvisé grandit à Angüés, un village de 1000 habitants en Aragon. Les ouvriers vivent dans la misère. Mais un syndicat de la CNT s'organise. Les ouvriers revendiquent une diminution du temps de travail et une augmentation de salaire. Mais le patron ne semble pas disposé à céder. Les ouvriers déclarent la grève générale et paralysent le village. Les patrons finissent pas satisfaire les revendications des salariés. Maria Sesé Sarvisé entend des fusillades éclater. La garde civile arrête des syndicalistes.

Les collectivisations de 1936 apparaissent comme une expérience majeure. Dans le village d'Angüés, les militants de la CNT convient le village à une assemblée générale. Les syndicalistes informent du coup d'État militaire contre la République. 30 hommes ont été fait prisonniers. Les patrons sont partis. Les terres doivent être cultivées collectivement pour nourrir l'ensemble du village. L'abolition de l'argent doit favoriser les échanges. Des assemblées doivent décider de l'approvisionnement et du développement de la collectivité. Maria Sesé Sarvisé évoque ensuite l'occupation militaire du village et l'exil vers la France.

 

 

          

 

 

Moment historique

 

La révolution espagnole de 1936 demeure une expérience historique incontournable, avec l'abolition de la propriété privée et de l'argent. Ariane Miéville évoque le contexte bouillonnant de l'Espagne des années 1930. Le syndicalisme de la CNT permet de diffuser des pratiques de lutte auprès d'une grande partie de la population. La grève, l'action directe et l'auto-organisation deviennent presque des réflexes dans certaines régions. De nombreuses insurrections sont écrasées avant 1936. Ces révoltes ouvrières et paysannes semblent souvent trop locales et isolées. Mais le coup d'État de Franco permet une propagation de la révolte à l'ensemble du territoire.

Ariane Miéville revient sur le rôle des staliniens et de la gauche au pouvoir dans la destruction des collectivités. Maria Sesé Sarvisé propose davantage un témoignage à hauteur d'enfant sur la vie quotidienne dans un village aragonais. Elle décrit bien la démarche libertaire. Les collectivités et les assemblées favorisent la production et la prise de décision en commun. Néanmoins, la collectivisation n'est pas imposée. Les anarchistes laissent des propriétaires individuels. En revanche, la collectivisation diffuse une ambiance de solidarité et de joie qui se diffuse à l'ensemble du village. Maria Sesé Sarvisé montre bien comment la révolution sociale transforme concrètement la vie quotidienne.

 

Source : Maria Sesé Sarvisé, Souvenirs d'une exilée espagnole 1936-1975, traduit par Lauro del Prado, Lux, 2026

 

Articles liés :

Le syndicalisme de la CNT espagnole

Le communisme libertaire en Espagne

Les anarchistes à Barcelone

Révoltes ouvrières de 1936

 

Pour aller plus loin :

Radio : émission Chroniques rebelles diffusée sur Radio Libertaire le 20 juin 2026

Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay), Lire : Maria Sesé Sarvisé, « Souvenirs d’une exilée espagnole (1936-1975) », publié dans le journal Alternative libertaire n°370 en avril 2026

Claude Moro, Souvenirs d’une exilée espagnole 1936-1975, de Maria Sesé Sarvisé publié dans Hebdo L’Anticapitaliste n°795 le 9 avril 2026

Une femme dans la tourmente, publié sur le site Hugues Lenoir le 8 mai 2026

Note de lecture publiée sur le site Bibliothèque Fahrenheit 451 le 8 mars 2026

Note de lecture publiée sur le site Bible urbaine le 2 juin 2026

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J
Je me permets de rajouter le Souchy paru cette année :https://smolny.fr/books/parmi-les-paysans-daragon/<br /> Quant à la superbe photo (coloriée) en exergue, ce sont des miliciens de l'UGT, ça se lit sur deux personnages.
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