La rue face aux régimes autoritaires : édito n°66
Publié le 12 Février 2026
Une nouvelle révolte éclate en Iran. Le soulèvement de décembre 2025 doit s'analyser à travers l'histoire de l'Iran. Mais cette insurrection s'inscrit également dans la constellation de soulèvements qui se multiplient sous l'étendard de la Gen Z. L'histoire de l'Iran reste rythmée par les luttes sociales. Le régime islamiste actuel a été instauré après la récupération de la puissante grève de 1979. Ironie de l'histoire, l'héritier de la dictature alors renversé prétend récupérer l'actuelle révolte.
Depuis 2009, le régime est fragilisé par la rue bien plus que par les bombardements israéliens ou les menaces des États-Unis. Les classes moyennes protestent contre un pouvoir corrompu. En 2017 et 2019, ce sont les classes populaires qui lancent des mouvements de grève contre la vie chère. Après l'assassinat de Masha Amini en 2022, les femmes et la jeunesse parviennent à fédérer des fractions de différentes classes sociales. La révolte actuelle émerge dans le bazar, la petite bourgeoisie commerçante. Ces piliers du régime demeurent la base sociale de la dictature islamiste. La révolte de cette composante réactionnaire de la société démontre que le régime repose désormais sur du sable.
La jeunesse participe aux manifestations et des mouvements de grève se multiplient. Les zones rurales et les minorités ethniques participent également à ce mouvement. Ce qui ouvre des perspectives nouvelles. Ce soulèvement iranien s'inscrit dans une période de renversement de régimes. Les gardiens du pouvoir peuvent commettre des massacres, leur temps est compté. Même la dictature sanguinaire de Bachar est tombée en Syrie. Malgré de nombreux morts et une guerre civile. Au Bangladesh, au Népal ou à Madagascar, des régimes ont été renversé.
Néanmoins, ces mouvements débouchent vers de banales recompositions politiques. Ces révoltes sans chefs ni partis ne parviennent pas à déployer des pratiques d'auto-organisation qui se diffusent à large échelle et perdurent dans le temps. Les mouvements de grève, trop rares et sporadiques, ne visent pas une réorganisation de l'économie depuis la base. Les comités de quartiers surgissent pour organiser le ravitaillement et la satisfaction de besoins immédiats, mais ne perdurent pas au-delà du moment de révolte.
Néanmoins, ces révoltes permettent de briser l'élan des pouvoirs autoritaires. Si tous les chefs d'État se prosternent devant Trump, les prolétaires montrent la puissance de leur force collective. Après les meurtres de l'ICE, milice anti-migrants, la population de Minneapolis s'organise. Des sifflets préviennent la présence de cette milice armée pour se préparer à la riposte. La population tente ainsi d'empêcher les arrestations de migrants et organise la solidarité. L'ICE ne parvient plus à expulser autant de migrants que sous Obama et les gouvernements de gauche.
La riposte contre Trump multiplie les rassemblements festifs avec les burlesques No King Day. Des rassemblements se lancent également à Minneapolis avec des occupations et des boycott. Surtout, des grèves sauvages éclatent dans une ville qui comprend les sièges de plusieurs puissantes multinationales. Le patronat de Minneapolis est alors obligé de prendre position contre la politique de Trump. C'est un tournant alors que le bourgeoisie internationale a soutenu le trumpisme. Là encore, les luttes sociales se révèlent bien plus efficaces que les partis politiques et les chefs d'État.
Néanmoins, ces nouvelles insurrections tranchent avec l'enlisement institutionnel en France. Les pitreries parlementaires vampirisent l'actualité. Les réformistes de LFI semblent devenir hégémoniques. Ils imposent l'électoralisme pour briser la résurgence de la lutte des classes. Leur programme social-démocrate est recraché avec un dogmatisme stalinien. LFI parvient à incarner les pires traditions du mouvement ouvrier. La focalisation sur les élections et sur les institutions limitent les perspectives de transformation sociale.
L'analyse du mouvement du 10 septembre doit permettre de réfléchir sur la période. Les discours et les postures idéologiques priment sur les pratiques de lutte. La classe d'encadrement et la petite bourgeoisie intellectuelle écrasent désormais un milieu militant déboussolé. Le blocage de l'économie reste envisagé uniquement sous la forme de happenings éphémères. Les militants de gauche travaillent presque uniquement dans le secteur public, la culture, le social et autres corporations qui revendiquent leur éloignement de la production économique. Ce qui rend effectivement peu évident le blocage du capitalisme depuis son extériorité proclamée.
Néanmoins, des grèves ont éclaté dans de nombreux déserts syndicaux. Des salariés ont défié leur hiérarchie pour la première fois. Même si les grèves restent individuelles. Peu d'assemblées émergent dans les entreprises pour consolider une force collective. Le 10 septembre favorise les assemblées centrales ou de quartiers dans le meilleur des cas. En revanche, les lieux de production restent délaissés par le milieu post-gauchiste. L'absence de grèves révèle également la faiblesse de la conflictualité sociale. Les militants de gauche se politisent davantage dans les discours et les réseaux numériques plutôt que dans la chaleur des luttes sociales.
La confrontation avec son patron reste délaissée au profit de posts rageurs balancés dans l'anonymat virtuel. Néanmoins, la solidarité de classe peut se reconstruire face à la brutalité du patronat et du monde du travail. L'expérience de l'exploitation peut déboucher vers la démission mais aussi vers la grève. Surtout, des mouvements spontanés comme les Gilets jaunes peuvent resurgir en dehors d'une gauchosphère en décomposition. Ce sera l'occasion de multiplier les assemblées ouvrières et les grèves autonomes pour construire une force collective capable de dessiner un autre avenir.
Sommaire n°66 :
Antiracisme politique
La pensée postcoloniale de Fanon
Malcolm X et la lutte antiracisme
Décomposition de la gauche
Les gauchistes des années 1968
Pierre Rosanvallon et la Deuxième gauche
La gauche et les classes populaires
Exégèse et pop culture
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