Pierre Rosanvallon et la Deuxième gauche

Publié le 25 Décembre 2025

Pierre Rosanvallon et la Deuxième gauche
Pierre Rosanvallon revient sur son parcours politique et intellectuel, de bureaucrate de la CFDT à professeur au Collège de France. Le chouchou des médias illustre surtout la dérive de la Deuxième gauche passée de l'autogestion à la gestion du capital. Il évoque également la dérive réactionnaire du monde intellectuel et une vieille gauche sans perspective crédible. 

 

 

Un sentiment d’impuissance politique caractérise l’époque actuelle. Les perspectives d’émancipation semblent disparaître. Le regard historique doit permettre de dresser un bilan des expériences du passé. Un nouveau cycle s’ouvre avec le bouillonnement des années 1968. Ce moment permet d’importantes évolutions sociales et culturelles, avec l’importance de l’autonomie individuelle et un nouveau rapport aux autorités. C’est aussi une période de luttes sociales et de retour de perspectives révolutionnaires.

Pierre Rosanvallon est actuellement professeur au prestigieux Collège de France. Il est âgé de 20 ans en Mai 68. Mais il se tient à distance de l'effervescence gauchiste. C’est un militant de la CFDT et du PSU. Son parcours se confond avec celui de la deuxième gauche de Michel Rocard, dont il devient un des intellectuels organiques. Ce courant s’oppose au centralisme de État pour valoriser l’autogestion. Il s’inscrit dans la tradition de Proudhon et des coopératives. Pierre Rosanvallon revient sur son parcours et sur la trajectoire de la deuxième gauche dans le livre Notre histoire intellectuelle et politique. 1968-2018.

 

 

                            Notre histoire intellectuelle et politique - 1

 

 

Gauche autogestionnaire

 

Dans les années 1960, la gauche est en ruines. Le Parti communiste défend la répression des luttes ouvrières en URSS, comme dans la Hongrie en 1956. Les socialistes de la SFIO, incarnés par Guy Mollet, s’enlisent dans la guerre d’Algérie. Durant cette période, la jeunesse se tourne vers l’anti-impérialisme et l’anticolonialisme. A partir de 1965, c’est l’opposition à la guerre du Viêtnam qui devient une mobilisation centrale. Le mouvement de Mai 68 remet en cause tous les aspects de la vie et renouvelle la perspective révolutionnaire.

« Le but étant ensuite de subvertir la vie quotidienne et non plus seulement de libérer le travail. Une théorie de l’aliénation englobant de la sorte la critique de l’exploitation », précise Pierre Rosanvallon. Les écrits de jeunesse de Karl Marx sont redécouverts. Cette critique de l’aliénation insiste sur l’émancipation individuelle. Georg Lukacs, dans Histoire et conscience de classe, développe le concept de réification. Karl Korsch attaque le léninisme pour se rapprocher d’un communisme libertaire non dogmatique. Herbert Marcuse critique une société fermée et répressive qui étouffe les existences.

En France, Henri Lefebvre incarne un marxisme ouvert. Il propose une analyse de l’espace urbain. Il développe une critique de la vie quotidienne colonisée par l’emprise de la marchandise et la pesanteur des conformismes. Les situationnistes s’appuient sur ces théories de l’aliénation qu’ils diffusent à travers un style et une esthétique originale. En 1966, le scandale de Strasbourg attaque la misère en milieu étudiant et la société spectaculaire marchande. En 1967, Guy Debord publie La société du spectacle. Raoul Vaneigem insiste sur la dimension subjective de la lutte des classes dans son Traité de savoir-vivre.

 

Le Mai 68 libertaire semble désormais effacé par les récupérations des sectes trotskistes et maoïstes. Ces groupuscules composés d’étudiants gomment également la grande grève de Mai 68. Des comités d’action étudiants-ouvriers se forment. Après cette insurrection, Pierre Rosanvallon devient militant au PSU et surtout secrétaire confédéral à la CFDT. Il mène des recherches et gère la revue du syndicat. Durant cette période, de nouvelles luttes surgissent dans les usines. Les OS, les femmes et les immigrés lancent des grèves en marge des syndicats. Des revendications qualitatives sur l’amélioration des conditions de travail se diffusent. La CFDT soutient ses nouvelles luttes. Mais Pierre Rosanvallon préfère fréquenter les bureaucrates du syndicat, comme Edmond Maire plutôt que les piquets de grève.

L’intellectuel organique de la CFDT élabore les concepts clés de la deuxième gauche opposée au social-étatisme. L’autogestion devient la notion centrale. La Yougoslavie de Tito, les kibboutz israéliens, l’Algérie de Ben Bella sont présentés comme des exemples d’autres socialismes possibles. La revue Autogestion associe ces dictatures exotiques avec le communisme de conseils qui s’appuie sur l’expérience de la révolution allemande de 1918. Les soviets qui émergent dans la révolution russe sont également célébrés. L’héritage de la Commune de 1871 est également revendiqué. Les écrits de Rosa Luxemburg sont réédités.

 

Pour la CFDT, l’autogestion renvoie au contrôle ouvrier. La démocratie dans les entreprises et l’autonomie individuelle sont valorisées. L’autogestion reste un concept flou qui ne renvoie à aucune réalité précise. C’est surtout un marqueur identitaire pour la CFDT qui veut se démarquer de la concurrence syndicale de la CGT. La culture politique de la deuxième gauche met en avant la société civile et les citoyens qui réclament des droits. Ce qui s’oppose au social-étatisme de la gauche qui envisage la transformation de la société uniquement après la prise du pouvoir d’Etat.

Durant les années 1970, c’est le marxisme rigide et fossilisé de Louis Althusser qui prédomine et débouche vers la mode structuraliste. Néanmoins, Miguel Abensour contribue à faire vivre un marxisme ouvert. Sa collection « Critique de la politique » publie les auteurs de l’Ecole de Francfort. La revue CFDT-Aujourd’hui se penche sur l’histoire du mouvement ouvrier, notamment des courants anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire. Mais la revue accueille également les contributions d’intellectuels prestigieux. Cornélius Castoriadis publie des articles sur la hiérarchie des salaires et sur l’autogestion. André Gorz se penche sur les mutations du monde du travail.

 

 

         Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique. 1968-2018

 

 

Gauche gestionnaire

 

Les années 1980 apparaissent comme une période de glaciation politique et intellectuelle. En 1981, la gauche arrive au pouvoir. Aucun mouvement social d’ampleur n’émerge. La critique du capitalisme et le concept d’autogestion disparaissent. Pierre Rosanvallon collabore au séminaire de l’historien conservateur François Furet à l’EHESS. Il côtoie surtout Claude Lefort, qui repense la démocratie. Ce groupe comprend Bernard Manin qui analyse la logique de représentation, mais aussi l’idéologue réactionnaire Pierre Manent. La deuxième gauche se construit dans l’opposition au Parti communiste, sans porter de projet singulier. La critique du totalitarisme débouche vers la défense de la bonne vieille démocratie libérale et de l’ordre capitaliste.

La deuxième gauche s’intègre au PS. En 1974 sont lancées les Assises du socialisme. Des militants du PSU et de la CFDT rallient le parti de Mitterrand. Les beaux discours sur la Charte d’Amiens et l’indépendance du syndicat volent en éclats. Les syndicalistes sont alors aspirés par le petit monde du PS et ses guerres de courants, avec ses motivations idéologiques et politiciennes. « C’est la différence qu’il y a entre un militantisme associatif ou syndical, qui vise à des actions concrètes, et un militantisme politique structurellement englué dans des enjeux de pouvoir alimentés par la volonté plus grisante de faire l’histoire ou de participer à une grande saga dans le sillage d’un leader », observe Pierre Rosanvallon.

La faillite de 1981 s’inscrit dans l’histoire des échecs de la gauche au pouvoir. Le tournant de la rigueur impose rapidement un blocage des prix et des salaires ainsi qu’une baisse des dépenses publiques. La CGT et la CFDT, syndicats inféodés au pouvoir, ne protestent pas. La gauche rocardienne impose un réalisme froid sans aucune perspective de changement social. La gauche socialo-communiste devient la bonne gestionnaire de l’économie capitaliste. « Plus l’horizon de ce que pourrait être une bonne société reste flou, plus règne la compétition velléitaire des promesses », constate Pierre Rosanvallon.

 

Les années 1980 débouchent vers un engourdissement politique et intellectuel. L’Europe devient le seul idéal de la gauche. Même si les dépenses des États en faveur de la construction européenne restent faibles. Surtout, des enjeux démocratiques émergent et cette Europe technocratique perd de sa légitimité. Dans un contexte d’impuissance politique, les intellectuels peuvent adopter une posture de radicalité. Mais leurs constats implacables sont déconnectés de toute perspective de lutte. Jacques Rancière et E.P. Thompson attaquent la « science marxiste » de Louis Althusser. Ils remettent en cause les intellectuels qui prétendent guider les masses asservies. 

La mélancolie de la gauche permet également de mêler une posture radicale avec une résignation politique. Le gauchisme se complaît dans la description d’une domination écrasante. « Plus la critique du monde est effectuée dans des termes insaisissables parce que globalisés à l’extrême, moins elle peut en effet nourrir une action qui demande d’avoir des prises bien déterminées sur la réalité », souligne Pierre Rosanvallon. La régression technocratique est incarnée par la Fondation Saint-Simon, encore aujourd’hui objet de nombreux fantasmes. Ce think thank vise à décloisonner les sciences sociales. Il regroupe des universitaires, mais aussi des journalistes et des patrons.

Malgré cette image élitiste et mondaine, la Fondation n’est pas à la pointe du néolibéralisme. Ses experts sont plus proches d’un keynésianisme bon teint et nostalgique du Commissariat au Plan. Michel Albert défend le « capitalisme rhénan » contre les dérives de la finance. Michel Aglietta et Robert Boyer, fondateurs de l’école de la régulation, restent attachés à l’intervention de État dans l’économie. Par ailleurs, la Fondation publie des notes de Thomas Piketty ou Emmanuel Todd. Même si cette expertise de bonne gestion gouvernementale atteint ses limites avec le soutien de son trésorier médiatique, Alain Minc, au candidat conservateur Balladur en 1995.

 

 

       Le philosophe Michel Onfray, le 8 octobre 2018, à Paris.

 

 

Évolutions politiques et intellectuelles

 

Jean-Pierre Chevènement, dirigeant du Ceres à la gauche du PS, abandonne le marxisme pour faire allégeance à la République. La lutte contre l’exploitation capitaliste est remplacée par la défense de l’Etat-nation. Ce nationalisme de gauche se contente de dénoncer le marché et le libéralisme sans remettre en cause l’exploitation et le mode de production capitaliste. « En termes économiques, la critique du marché comme mode de régulation l’emportait du même coup sur la critique du travail aliéné », raille Pierre Rosanvallon. Ensuite, la critique de l’individualisme libéral débouche vers la défense de valeurs conservatrices. L’école doit imposer l’obéissance et la soumission à l’ordre républicain. Ce discours s’accompagne d’une exaltation de l’identité nationale. Régis Debray et Alain Finkielkraut incarnent bien cette posture. Les années 1980 sont également marquées par la montée de l’extrême-droite.

Le mouvement de 1995 apparaît comme la plus grande grève depuis Mai 68. Mais les réflexions qui l’accompagnent ne s’inscrivent plus dans un horizon révolutionnaire. C’est la posture de la résistance et de la défense des services publics qui prime sur l’invention d’une société nouvelle. Le mouvement de 1995 « n’a pas fait surgir d’idées neuves, n’a pas constitué une étape dans la longue histoire de l’émancipation des hommes et des femmes, ne s’est lié à la formulation d’aucune utopie », persifle Pierre Rosanvallon. Il pose son nom sur une pétition en soutien au plan Juppé, aux côtés d’intellectuels de gauche comme Robert Castel, Michelle Perrot ou Paul Veyne. Mais une autre pétition est lancée pour soutenir les grévistes.

Pierre Bourdieu devient la figure incontournable de cette gauche de résistance. Le sociologue analyse l'État comme un instrument de domination. Mais, en tant qu’intellectuel de gauche, Bourdieu ne cesse de défendre le gentil État comme rempart face au marché. « Exit donc l’État mystificateur et l’État de classe, qui s'effaçait derrière un État de service public dont le déclin était violemment dénoncé, étant de la sorte rétrospectivement érigé en institution positive », se moque Pierre Rosanvallon. L’indignation contre le néolibéralisme remplace la perspective de dépassement du capitalisme. En 1997, la gauche revient au pouvoir. Le gouvernement de Lionel Jospin se moule dans le réalisme gestionnaire. Mais sans dessiner le moindre projet politique.

 

A partir des années 2000, un courant réactionnaire se développe. L’extrême-droite intellectuelle resurgit dans les années 1970. Alain de Benoist et le GRECE diffusent un discours fasciste à travers un nouveau langage. Cette nouvelle droite reprend les concepts de la gauche pour leur donner un nouveau sens. Le « droit à la différence » masque ainsi un projet de différenciation et de ségrégation ethno-raciale. En 1980, Marcel Gauchet propose une critique décapante des droits de l’homme et de l’idéalisme creux de la gauche. Mais c’est pour mieux défendre l’ordre existant. Gauchet multiplie les sinistres déplorations sur l'individualisme et la perte de sens, mais sans esquisser le début d’une perspective de transformation sociale. Il se moule dans la logorrhée réactionnaire avec des modulations selon son public. Alain Finkielkraut exprime plus clairement sa haine de la modernité.

En 2002, l’historien des idées Daniel Lindenberg publie Le rappel à l’ordre. Il se penche sur une nouvelle pensée réactionnaire qui fustige les droits de l’homme, la culture de masse, Mai 68, l’antiracisme, le féminisme et le « politiquement correct ». Ce pamphlet déclenche une polémique dans le petit milieu médiatico-intellectuel. Pierre Rosanvallon publie ce livre alors qu’il attaque ses vieux amis proches de François Furet. Mais ce texte semble visionnaire alors que de nouvelles personnalités alimentent cette idéologie réactionnaire comme Michel Onfray, Jean-Claude Michéa, Christophe Guilly, Elisabeth Lévy ou Eric Zemmour.

Ces réactionnaires raillent pertinemment la gauche ralliée au néolibéralisme qui tente de se rattraper avec des réformes sociétales. Néanmoins, cette rhétorique ne vise pas à proposer une nouvelle politique sociale mais uniquement à attaquer toute forme de progressisme. La critique de la culture de masse et de la médiocrité marchande permet également de diffuser des idées réactionnaires sous une tonalité gauchiste.

 

 

         Au premier rang, Laurent Berger, ancien secrétaire général de la CFDT (2ᵉ à gauche), près de Marylise Léon, actuelle secrétaire générale de la CFDT (3ᵉ à gauche), Sophie Binet (5ᵉ à gauche), secrétaire générale de la CGT, et Murielle Guilbert, co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires (7ᵉ à gauche), le 1er mai 2023, à Paris.

 

 

Bilan de la gauche intellectuelle

 

Pierre Rosanvallon demeure une figure médiatique de la gauche intellectuelle. Il est devenu une référence incontournable pour L’Obs, Libération, Le Monde, France Inter et autres médias du centre-gauche. Pierre Rosanvallon passe pour un spécialiste de la démocratie après avoir pondu une portée de bouquins plutôt abstraits et surplombants. En revanche, sa biographie intellectuelle reste un précieux témoignage sur l’évolution de la gauche et du monde des idées. Pierre Rosanvallon revient sur son parcours qui passe du socialisme autogestionnaire de la CFDT à la gauche gestionnaire de Rocard. Ce qui permet de comprendre les évolutions et les renoncements de ce courant politique particulièrement influent.

Mais c’est l’ensemble du monde intellectuel qui semble évoluer. Pierre Rosanvallon propose une auto-critique assez rare dans ce milieu. Il montre comment le projet du socialisme autogestionnaire donne du souffle aux luttes des années 1968. Mais il évoque également les limites de la gauche de gouvernement avec son réalisme sans véritable perspective. L’horizon émancipateur s’efface au profit de la gestion du capitalisme. Ce constat implacable peut également s’appliquer à la gauche radicale. La perspective d’une rupture avec le capitalisme disparaît au profit de programmes qui se contentent de proposer une meilleure gestion de l’exploitation capitaliste.

 

Pierre Rosanvallon revient longuement sur les opposants à la deuxième gauche. Il évoque la dérive du courant républicain, incarné par Jean-Pierre Chevènement. Il égratigne également ses anciens amis proches de François Furet qui ont basculé du côté du camp réactionnaire. Même si Pierre Rosanvallon peut agacer pour son côté manichéen qui vise à diaboliser toute critique de la bonne vieille démocratie libérale. Sa dénonciation du protectionnisme semble plus moraliste que politique.

Il refuse de se confronter aux débats qui agitent les économistes. Un personnage comme Frédéric Lordon semble défendre le protectionnisme avant tout par pragmatisme. L'État-nation reste le cadre institutionnel qui permet le mieux de réguler le capitalisme. Pierre Rosanvallon se contente d’une posture morale sans rentrer dans la mécanique économique. Les débats sur le protectionnisme restent au cœur de la gauche héritière de la social-démocratie.

Néanmoins, Pierre Rosanvallon a bien raison d’observer un glissement du protectionnisme pragmatique vers un nationalisme un peu plus nauséabond. La trajectoire de Jean-Pierre Chevènement illustre ce phénomène. En 1982, le ministre défend une politique protectionniste comme alternative au tournant de la rigueur. Mais il en vient progressivement à fétichiser une République fantasmée, y compris avec ses aspects racistes et autoritaires. L’évolution du monde intellectuel et des débats révèlent effectivement un glissement vers un nationalisme républicain.

 

Pierre Rosanvallon décrit bien les contextes intellectuels dans lesquels il évolue. Son récit sur le socialisme autogestionnaire des années 1968 permet de se replonger dans le marxisme critique. L’autonomie des luttes et l’auto-organisation du prolétariat priment sur le projet marxiste-léniniste d’une prise du pouvoir d’État. Même si les notions du contrôle ouvrier ou d'autogestion restent confuses. La logique marchande n’est pas toujours remise en cause dans ce qui se rapproche d’une autogestion du capital. Le contrôle ouvrier ne s’oppose pas à l’emprise d’un État qui serait dirigé par des représentants des travailleurs. L’utopie autogestionnaire comprend quelques angles morts qui expliquent les dérives du courant de la CFDT. Mais Pierre Rosanvallon reste trop vulgairement réformiste pour explorer ces subtilités théoriques.

En revanche, Pierre Rosanvallon insiste sur la perspective émancipatrice qui accompagne les luttes des années 1968. Il fustige une « gauche de résistance », incarné par Bourdieu et ses héritiers. Le mouvement social se contente de s’opposer à des réformes. Mais sans proposer un projet de société nouvelle. Mais, là aussi, attention posture. Pierre Rosanvallon est loin d’être un révolutionnaire échevelé assoiffé d’utopies libertaires. Ses propositions politiques sont loin de remettre en cause l’exploitation et l’aliénation marchande. Il se contente de la tarte à la crème de la reconnaissance, de la demande de droits et de la démocratie participative.

Ces quelques rustines sympathiques et un peu idéalistes sont loin de répondre aux enjeux de la crise écologique et sociale. Le capitalisme ne semble plus réformable. Les gouvernements de gauche ne trahissent pas forcément. Ils doivent simplement se mouler dans le cadre d’un Etat capitaliste qui ne laisse plus aucune marge de manœuvre de type réformiste. Surtout, les gadgets réformistes de Pierre Rosanvallon ne font rêver personne en dehors de bureaucrates et journalistes fatigués. Ces pitreries semblent très loin d’une perspective communiste libertaire.

 

Source : Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique. 1968-2018, Le Seuil, 2018

 

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Pour aller plus loin :

Vidéo : Pierre Rosanvallon : "La gauche n'a plus rien à dire", diffusée sur France Culture le 10 septembre 2018

Vidéo : Pierre Rosanvallon : 50 ans d'histoire intellectuelle et politique, diffusée par La Grande Librairie le 22 novembre 2018

Vidéo : Pierre Rosanvallon - Notre histoire intellectuelle et politique : 1968-2018, diffusée par la librairie Mollat  le 6 octobre 2018

Vidéo : Pierre Rosanvallon - Notre histoire intellectuelle et politique : 1968 - 2018 , diffusée par l'Agora des savoirs le 8 novembre 2018

Vidéo : Pierre Rosanvallon - Notre histoire intellectuelle et politique :1968-2018 , publiée sur le site Citéphilo le 14 novembre 2018

Vidéos : Pierre Rosanvallon sur le site de la Fondation Jean Jaurès

Radio : Notre histoire intellectuelle et politique diffusée sur le site Les Rendez-vous de l'Histoire du 14 octobre 2018

Radio : Les années 1968-2018 : une histoire intellectuelle et politique, conférences diffusées sur France Culture

Ludivine Bantigny, Pierre Rosanvallon : une histoire à angles morts, publié sur le site Contretemps le 10 novembre 2018

Jean-Yves Potel, Une aventure intellectuelle, publié dans la revue en ligne En attendant Nadeau le 25 septembre 2018

Jean Bastien, Pierre Rosanvallon : bilan d’étapes, publié sur le site Non Fiction le 21 novembre 2018

Mark Hunyadi, Le ballet désossé de l’après-68, publié dans le journal Le Temps le 31 août 2018

Christophe Prochasson, « Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique, 1968-2018 », publié dans la revue Histoire Politique le 30 octobre 2018

Publié dans #Pensée critique

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