Émile Armand et l’anarchisme amoureux

Publié le 3 Septembre 2020

Les valseuses (1974)

Les valseuses (1974)

L'amour reste une question politique. Les anarchistes individualistes, et notamment Émile Armand, tentent de penser une libération sexuelle. Ils expérimentent des communautés libertaires pour sortir du patriarcat. Ils veulent vivre l'amour et l'anarchie ici et maintenant. 

 

Les anarchistes éclairent les réflexions sur l’amour et la libération sexuelle. Ils critiquent les conventions sociales qui brisent l’autonomie individuelle. Ils attaquent la propriété privée, y compris dans le domaine amoureux avec la jalousie. Les anarchistes refusent l’hypocrisie amoureuse. Mais ils ne valorisent pas forcément le libertinage. La liberté renvoie à l’égalité et à l’autonomie respectueuse de celle d’autrui.

Émile Armand reste une figure incontournable de l’anarchisme de la fin du XIXe et du début du XXe. Pour lui, la libération sexuelle accompagne le projet émancipateur d’une société d’individus libres et solidaires. Il fonde des communautés pour expérimenter ses idées politiques. Mais ces sociétés regroupent peu de monde et restent marginales. Néanmoins, la pensée d’Emile Armand doit être replacée dans son contexte historique, mais aussi questionnée. Il semble important d’analyser les apports et les limites de cet anarchisme individualiste. Lauréline Chrétien propose ses réflexions dans le livre Amour libre et anarchie.

 

                  Amour libre et anarchie

 

Parcours d’un anarchiste individualiste

 

Émile Armand né en 1872 à Paris. Il grandit dans une famille anticléricale. Son père est un ancien communard et un libre-penseur. Pourtant, Émile Armand rejoint l’Armée du Salut et reste marqué par un anarchisme chrétien. En 1901, il fonde le journal L’Ere nouvelle avec Marie Kugel. Ce bulletin se présente comme un « organe d’entente libertaire, revue d’émancipation intégrale, d’idéalisme pratique et de communisme appliqué ».

En 1906, Émile Armand  abandonne sa foi chrétienne. Il estime que l’anarchisme doit se confronter à la société autoritaire. Il écrit dans Le libertaire, la revue fondée par Albert Libertad et Anna Mathé. Il se rapproche de l’illégalisme anarchiste. En 1913, Émile Armand fonde Le Réfractaire. Dans le contexte de la bande à Bonnot, il change de position et insiste sur le danger de l’illégalisme. Des polémiques l’opposent à Victor Serge et André Lorulot.

En 1914, Émile Armand affirme son antimilitarisme. Il s’oppose à la guerre et à l’Union sacrée. Il est emprisonné pour désertion mais les anarchistes organisent une campagne pour sa libération. Il est libéré en 1922. Son séjour en prison lui permet de rédiger L’Initiation individualiste anarchiste, manuel de la philosophie individualiste. Il fonde l’en dehors en 1922, en hommage au titre de Zo d’Axa. Il multiplie les conférences et les réunions. En 1934, il publie La Révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse.

 

Émile Armand reste méconnu et marginal. Tout comme le courant anarchiste qu’il considère comme une doctrine philosophique mais surtout comme un mode de vie. Emile Armand reste un penseur de la liberté amoureuse et sexuelle. Charles Fourier apparaît comme un des pionniers de la réflexion sur l’amour libre. Mais ce sont les anarchistes qui vont donner une importance politique à la sexualité. « Rapidement, les anarchistes, qui voient dans la sexualité un enjeu d’émancipation, vont s’emparer de cette problématique et en faire une des clés de leur projet de société antiautoritaire », souligne Lauréline Chrétien.

Émile Armand s’inscrit parmi les théoriciens de la révolution sexuelle comme Wilhelm Reich, Emma Goldman, Herbert Marcuse ou Alexandra Kollontaï. Mais la société a changé dans ses mœurs, sa morale et ses normes. La réflexion ouverte par Émile Armand doit être actualisée. Ses idées reflètent également les nouvelles problématiques autour de l’amour, du couple et de la libération sexuelle. Pour Émile Armand, l’individu s’oppose à l’autoritarisme de la société, de la religion, de la morale et des normes. Il théorise la camaraderie amoureuse comme une forme d’association sexuelle.

 

Émile Armand reste un penseur de la liberté individuelle. Influencé par l’anarchisme chrétien de Tolstoï, il préfère l’opposition morale à la violence. Comme Henry David Thoreau, il défend la désobéissance. Emile Armand se réfère à l’anarchisme de Max Stirner qui attaque toutes les contraintes sociales. « Stirner se fait donc le chantre de l’égoïsme mais tout comme Armand le fera après lui, il prône l’association et se pose en fervent détracteur des dogmes poussant à l’oubli de soi et au sacrifice », décrit Lauréline Chrétien. Albert Libertad reste une référence majeure. Il critique les anarchistes qui se contentent d’attendre le Grand Soir plutôt que de vivre libres. Libertad tente de construire l’anarchie ici et maintenant. C’est d’abord un choix de vie et une pratique sociale qui fonde l’anarchisme.

Emile Armand relativise les déterminismes et les contraintes sociales. Il estime que l’individu peut, par l’effort et la réflexion, parvenir à se libérer pour chercher la jouissance de vivre. « En effet, il considère que ce n’est qu’à travers le corps et les sensations physiques qu’un individu peut jouir pleinement et sainement de sa vie », observe Lauréline Chrétien. Émile Armand se distingue de l’anarchisme révolutionnaire de Bakounine qui veut changer la société à travers une insurrection. Émile Armand  insiste davantage sur le changement des mentalités. La propagande et l’éducation doit amener à penser par soi-même et à vivre selon ses convictions. Mais Émile Armand tient à se distinguer de l’éducation autoritaire de l’Eglise, de l’Etat et de l’école. L’élève soumis à un rapport hiérarchique est conduit à la médiocrité. Cette éducation doit permettre de remettre en cause les préjugés, notamment dans le domaine de la sexualité.

 

"La Maman et la putain" de Jean Eustache

 

Critique de l’ordre moral

 

Émile Armand critique la société fondée sur l’autorité. L’amour et la sexualité sont alors régis par la contrainte, le refoulement et l’hypocrisie. L’ordre moral s’oppose à l’amour libre. L’Etat capitaliste, qui défend la propriété et le capital, se pose en adversaire de l’amour. L’Etat s’insère dans tous les aspects de la vie de l’individu pour mieux le contrôler. Émile Armand critique également le couple et la famille qui reposent sur la routine et la cohabitation. L’ordre moral impose le couple monogame pour contrôler les individus malgré leur frustration.

La religion impose la pudeur et le mariage. La chrétienté dénonce l’obscénité et réprime la volupté. La nudité est refusée par honte pour les pulsions sexuelles. L’individu doit se consacrer à Dieu. La joie et les plaisirs de l’amour sont alors considérés comme des pêchés. Les anarchistes critiquent également le mariage qui s’apparente à l’appropriation d’une femme par un homme. Ensuite, la religion maintient les femmes hors de leur corps et de leur plaisir sexuel.

Émile Armand critique la jalousie. Il la dénonce comme une mentalité autoritaire au service de l’Etat et des institutions. La jalousie apparaît comme le principal obstacle à l’amour et à la liberté. Émile Armand propose une association dans laquelle « chacun des hommes puisse avoir toutes les femmes et chacune des femmes tous les hommes ». L’anarchiste attaque la morale bourgeoise pour remettre en cause l’ensemble de la société moderne. « En voulant détruire les bonnes mœurs, les tabous et la jalousie, c’est un coup mortel à l’Etat, l’Eglise et toutes les institutions autoritaires qu’il souhaite porter », souligne Lauréline Chrétien.

 

Pour Armand, la question sexuelle semble aussi importante que la question économique et sociale. Les ouvriers doivent lutter pour leur liberté mais aussi pour leur épanouissement sexuel. La transformation sociale ne suffit pas à combattre les préjugés sociaux et les frustrations. Cette pensée se rapproche de celle de Wilhelm Reich. « En effet, ce dernier met en lumière le lien entre la frustration érotique et l’aliénation économique et la répression sociale, et considère que l’autoritarisme puise sa source dans le contrôle de la sexualité des individus », analyse Lauréline Chrétien. Herbert Marcuse considère que la société nouvelle doit reposer sur la libération des désirs érotiques.

Émile Armand estime que la révolution sexuelle doit se dérouler au niveau de la conscience des individus. Chaque personne doit vivre dans la liberté et se défaire de ses préjugés et de sa jalousie. « Cette révolution implique une totale liberté de l’amour, c'est-à-dire l’absence de jugement et d’a priori quant aux formes que peut prendre la sexualité », observe Lauréline Chrétien. La sexualité apparaît comme un espace de créativité et d’expérience. Elle doit permet la recherche du plaisir, source du bonheur individuel. Comme Reich et Fourier, l’anarchiste estime que l’individu doit vivre pleinement ses passions. Néanmoins, Armand insiste sur l’importance d’une éducation pour se défaire des préjugés. Au risque d’imposer une nouvelle morale.

 

                     «Jules et Jim», réalisé par François Truffaut

 

Camaraderie amoureuse

 

Émile Armand tente de mettre en pratique ses idées. A la fin du XIXe,  les anarchistes proposent des associations des individus. Les milieux libres et les communautés libertaires se multiplient pour inventer des modes de vie sans exploitation ni domination. Émile Armand propose une camaraderie amoureuse à travers une association érotico-sentimentale. Des anarchistes considèrent ces milieux libres comme une expérience voire un moyen, d’autres considèrent ces communautés libertaires comme un but en soi. Les milieux libres refusent le mariage pour défendre l’union libre et les amours pluraux. De nombreuses féministes rejoignent ses communautés pour échapper à l’exploitation et à la domination du mari.

Le mutuellisme vise à se regrouper pour s’assurer face aux risques de la vie comme le chômage, les accidents ou la maladie. Les mutuelles sont alors indépendantes de l’Etat. Émile Armand veut étendre cette démarche dans tous les domaines de la vie, y compris l’amour. Il veut réduire la souffrance sans attendre une transformation de la société. La camaraderie amoureuse permet de se garantir face au refus, la rupture, la jalousie, l’exclusivisme, le caprice, le flirt ou l’indifférence. Cette démarche défend la jouissance pour tous, sans tenir compte de l’apparence et de la beauté. La devise « toutes à tous, tous à toutes » doit être appliquée.

L’individu doit multiplier les expériences pour connaitre ses véritables désirs sexuels. Il peut ainsi se libérer de ses préjugés et vivre pleinement. Le couple et l’exclusivité ne peut être envisagé qu’après la multiplication d’expériences sexuelles. Ce qui doit permettre à l’individu de savoir ce qui lui procure le plus de jouissance. Mais Émile Armand impose un cadre rigide avec des règles précises. Ce qui laisse peu de liberté d’action et d’interprétation des individus. Cette association amoureuse connaît peu de succès. La rigidité sectaire explique en grande partie le faible nombre d’adhésions.

 

Néanmoins, les théories de l’amour libre influencent le mouvement féministe du XXe siècle. La société patriarcale considère que la sexualité doit rester lier à la procréation. Mais les femmes doivent également pouvoir choisir un partenaire uniquement pour ressentir du plaisir et de la jouissance. L’obligation de la procréation permet à l’homme de dominer la femme pour la considérer comme sa propriété. Ce qui s’oppose à l’égalité sexuelle pour favoriser le sentiment de possession et de jalousie.

Selon Émile Armand, une femme peut avoir des relations sentimentales et sexuelles avec des hommes différents et avoir des enfants avec un autre, sans qu’aucun homme n’en devienne le propriétaire. Les femmes doivent également pouvoir confier l’éducation de leur enfant à d’autres personnes, dans le cadre d’une colonie libertaire. Le droit à la procréation désirée et librement consentie doit devenir pour la femme « un moyen de résistance de plus contre l’oppression et le déterminisme des circonstances extérieures ». La contraception doit surtout permettre multiplier les expériences sexuelles et de jouir de la vie sans se préoccuper de la menace d’une grossesse non désirée.

Émile Armand considère que la libération sexuelle vaut autant pour la femme que pour l’homme. Quel que soit le sexe, l’exclusivisme en matière sexuelle reste intolérable. La société patriarcale impose à la femme l’obligation d’aimer son partenaire sexuel, ce qui relève de l’hypocrisie. Au contraire, l’amour libre doit permettre la libération des femmes. Leur servitude s’appuie sur la morale religieuse, l’institution du mariage et le règne de l’exclusivisme. Les femmes intériorisent le rôle que leur inculque la société  ainsi que le devoir de pudeur et de chasteté. L’émancipation sexuelle reste un préalable à la libération de la femme pour sortir de la soumission à la religion et à l’ordre moral. « Selon Armand, une association de camaraderie amoureuse permet aux individus d’exercer leur sexualité en toute liberté et c’est pour cela qu’elle est le seul moyen de protéger les femmes contre les entraves à leur émancipation », souligne Lauréline Chrétien. La réciprocité permet le respect du désir de l’autre, de son autonomie et de son désir.

 

                   

 

Limites et influence de l’amour libre

 

Néanmoins, le discours d’Armand comprend plusieurs limites. Les thèses sur la camaraderie amoureuse s’expriment d’un point de vue masculin. Les directives pour se libérer de la morale bourgeoise s’adressent surtout aux femmes, et beaucoup moins aux hommes. Ensuite, Émile Armand ne remet pas en cause les rôles masculins et féminins ancrés dans la société. Une femme, même émancipée sexuellement, doit garder son rôle de femme. L’anarchiste insiste sur l’égalité en amour mais ne remet pas en cause l’inégalité dans le domaine des tâches ménagères ou la division sexuelle du travail.

Ensuite, la liberté individuelle n’est pas prise en compte. Les adhérents aux associations de camaraderie amoureuse sont obligés de répondre aux sollicitations qui leur sont faites. « Aussi, dans de telles associations, la femme perd le droit à se refuser à qui lui plaît et donc sa liberté individuelle », analyse Lauréline Chrétien. Au contraire, une véritable libération sexuelle se doit de prendre en compte le désir et le plaisir des femmes.

 

Le mouvement de libération sexuelle bouleverse la société dans le contexte des années 1968. Aux Etats-Unis, le mouvement hippie valorise l’amour libre et la permissivité sexuelle contre les valeurs traditionnelles et le conformisme bourgeois. Le mouvement féministe remet en cause tous les préjugés comme la femme-objet, la femme au foyer ou la femme fragile. Les féministes revendiquent surtout une sexualité libérée. La lutte pour l’avortement et la contraception permet des améliorations dans la vie quotidienne. Les mouvements homosexuels attaquent les normes sexuelles. Le mariage et le couple monogame n’est plus la seule et unique forme de relation amoureuse. Une transformation des mentalités et de l’intimité semble déboucher vers davantage d’émancipation.

Néanmoins, malgré la diversification des relations, le couple monogame reste la norme pour une large majorité de la population. Ensuite, les relations de pouvoir au sein du couple perdurent, notamment en raison des inégalités économiques. Les femmes gagnent moins d’argent que leur conjoint. Ce qui les rend dépendante et ne permet pas d’avoir une réelle autonomie sur leur vie intime. Les normes de la société patriarcale perdurent. Les femmes doivent rester dans la séduction et se réduire à des objets de désir. Les hommes subissent également les contraintes du patriarcat. Ils doivent paraître virils, forts et protecteurs.

 

       Les chansons d'amour : Photo Clotilde Hesme, Louis Garrel, Ludivine Sagnier  

 

Révolution sexuelle

 

Lauréline Chrétien propose une réflexion stimulante sur l’amour libre et sur l’anarchisme individualiste. Elle remet la pensée d’Émile Armand dans son contexte historique. Elle évoque les débats qui traversent le mouvement anarchiste. Lauréline Chrétien revient également sur les débats qui agitent la réflexion sur l’amour libre et la révolution sexuelle.

Lauréline Chrétien insiste sur la pertinence de la pensée anarchiste individualiste sur l’amour. Émile Armand semble particulièrement pertinent lorsqu’il attaque les normes et les contraintes imposées par la société patriarcale. Les théoriciens et théoriciennes de l’amour libre dénoncent la religion, l’ordre moral, la famille, l’éducation et toutes les institutions patriarcales qui encadrent la liberté individuelle. Cette critique reste d’actualité et concerne toujours les sociétés occidentales. Même si un processus de transformation de la vie intime est amorcé, les contraintes sociales restent pesantes. Le puritanisme régit toujours les conduites individuelles. Si le sexe reste montré, à travers la publicité ou la pornographie, le plaisir sexuel reste peu évoqué.

 

Mais Émile Armand ne se contente pas de critiquer l’ordre moral. Il développe et expérimente un autre modèle. La camaraderie amoureuse doit permettre de s’affranchir du puritanisme pour expérimenter une nouvelle vie sexuelle. Lauréline Chrétien souligne les limites de ce modèle. Il reste pensé par un homme plutôt âgé. En revanche, le désir des femmes ne semble pas pris en compte. Ce modèle rejoint finalement la société moderne. Le contrat et le consentement remplace le désir. Richard Mémeteau ironise sur la dimension rigide de cette camaraderie amoureuse. C’est un modèle imposé qui laisse peu de place à la liberté individuelle. Le désir et le plaisir ne sont pas toujours au centre.

La camaraderie amoureuse reste un modèle cérébral. Il manque une dimension charnelle et sensuelle. De même la dimension érotique et ludique laisse place à la froideur du contrat et de l’obligation de réciprocité. Émile Armand sombre dans un travers qui consiste à vouloir remplacer les normes de la morale par de nouvelles normes. La libération sexuelle doit au contraire permettre de sortir de tous les normes et pas uniquement de celle du couple monogame. La libération sexuelle doit permettre d’expérimenter des relations amoureuses selon les désirs de chaque personne. Le jeu et le plaisir doivent se retrouver au centre de la sexualité et de la vie quotidienne.

 

Lauréline Chrétien questionne également la stratégie éducationniste du penseur anarchiste. Émile Armand pense que des communautés libertaires peuvent progressivement se propager pour créer un monde nouveau. Néanmoins, la camaraderie amoureuse n’échappe pas aux normes du patriarcat. Il semble difficile de se défaire des préjugés, de la jalousie, des normes morales. Ce n’est pas uniquement une question d’éducation, mais aussi de contraintes sociales. Émile Armand pense peu le cadre capitaliste. Il semble difficile de vivre dans une communauté libertaire alors que l’exploitation au travail reste nécessaire pour survivre. Pour véritablement changer de mode de vie, il semble indispensable de remettre en cause les structures de la société capitaliste.

Lauréline Chrétien compare d’ailleurs Émile Armand au blairiste Antony Giddens. Les deux théoriciens occultent la dimension économique et sociale dans leur réflexion sur l’amour. Une lente transformation de la vie intime peut s’observer. Mais les normes de la société patriarcales perdurent. Le communisme libertaire s’attache à l’individualisme des anarchistes, mais insiste également sur la lutte des classes et sur la révolution sociale. Comme le souligne le groupuscule Alternative libertaire, la libération sexuelle passe par une suppression des rapports sociaux d’exploitation et de toutes les hiérarchies. Une véritable libération sexuelle ne peut passer que par une révolution sociale pour changer tous les aspects de la vie.

 

Source : Lauréline Chrétien, Amour libre et anarchie. La révolution sexuelle selon E. Armand, L’Harmattan, 2019

 

Articles liés :

La libération sexuelle en France

Les féministes et la morale sexuelle

Wilhelm Reich : une politique du plaisir

Herbert Marcuse, philosophe radical

Sex friends et amour moderne

 

Pour aller plus loin :

Vidéo : documentaire L'amour libre, c'est chouette !

Radio : Céline Beaudet - les milieux libres, émission diffusée sur Canal Sud le 13 août 2020 

Radio : Révolution ? Sexuelle, émission de Radio Vosstanie du du 29 février 2020

 

Anne Steiner, ARMAND E. [JUIN Ernest, Lucien dit], mise en ligne sur le site du Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier le 3 avril 2014 

Gaetano Manfredonia, E. Armand et «la camaraderie amoureuse» Le sexualisme révolutionnaire et la lutte contre la jalousie

Shalazz, Milieux libres en France (1890-1914), mise en ligne sur le site Infokiosques le 2 janvier 2006

Anne Steiner, « Vivre l’anarchie ici et maintenant : milieux libres et colonies libertaires à la Belle Époque », publié dans la revue Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique n°133 en 2016

Cécilia Varela, Au-delà des normes ? « L’amour libre » et la famille antiautoritaire (1880-1930), publié dans la revue Mouvements n°82 en 2015

 

La commission antipatriarcat, Amour libre : Dépasser le couple, publié sur le site de l'UCL le 3 avril 2008

Libération sexuelle et émancipation sociale, Courant alternatif hors-série n°5 - 4e trimestre 2000

Collectif, Contre l'amour, brochure mise en ligne sur le site Infokiosques le 27 mai 2004

Aviv Etrebilal, Papillons, amour libre et idéologie, publié sur le site Non Fides en 2013

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

julien 28/09/2020 14:25

Bonjour, il me semble que la revue fondée par Albert Libertad et Anna Mathé est le journal l'anarchie.