Mort à Syriza : édito n° 20

Publié le 1 Août 2015

Mort à Syriza : édito n° 20
En Grèce, la mascarade gauchiste s'est rapidemment effondrée. Le gouvernement de Syriza renonce à toutes ses promesses électorales pour reprendre une politique d’austérité (diminution des retraites, des salaires, des aides sociales…). Les gauchistes, qui ont toujours soutenu le nouveau pouvoir jusqu’à présent, reprennent leur vieille logorrhée : renoncements, capitulation, trahison.

Il semble important de porter un autre regard sur la situation en Grèce. Tous les militants, journalistes et intellectuels adoptent la même posture. Ils se vivent en conseiller du prince et délivrent de savantes instructions pour mieux gouverner. Il semble plus important de dresser le bilan des illusions gauchistes et de s’appuyer sur cette séquence médiatique pour affirmer un point de vue politique, et non moral : l’extrême gauche mène à l’impasse.

Le gouvernement de Syriza pensait pouvoir gentiment négocier avec les dirigeants de France et d’Allemagne. Ils voient l’Union Européenne comme un espace de discussion démocratique entre gens de bonne compagnie. Celui qui avance les arguments les plus rationnels doit alors emporter la décision. Les économistes marxistes de Syriza, tous universitaires, proposent la meilleure politique économique pour relancer le capitalisme en Grèce et en Europe. Seulement voilà, la politique n’est pas un colloque universitaire. C’est un rapport de force.

Ensuite, même si les bureaucrates de Syriza parviennent à gagner leur bras de fer, ils s’engouffrent dans une même impasse. La social-démocratie et les leviers de politiques économiques chers aux keynésiens semblent en ruine. Les contraintes administratives ne permettent plus de mener des politiques de dépenses publiques. La situation ressemble furieusement à la formule de Rosa Luxemburg : « Socialisme ou barbarie ». Le compromis et la négociation deviennent impossibles. Seul un affrontement brutal entre les capitalistes et les classes populaires devient crédible. La solution n'est évidemment la sortie de l'euro, avancée par les économistes attérants à la Lordon, mais une sortie du capitalisme.

Toute l’extrême gauche a soutenu Syriza (Front de gauche et NPA en France, Podemos en Espagne). Cette extrême gauche n’est qu’une gauche du capital. Cette gauche réellement à gauche ne regroupe que des larbins du patronat. Ils veulent aménager le capitalisme pour défendre leurs intérêts de classe. Les dirigeants de ces partis appartiennent tous à la petite bourgeoisie intellectuelle et sont dans leur immense majorité des universitaires. Cette classe sociale s’appuie sur les partis d’extrême gauche pour prendre le pouvoir. Et le garder avec acharnement. Il n’y a aucune illusion à avoir sur ces partis.

Au contraire, toute cette extrême gauche doit être considérée comme un ennemi de classe. Plus populaire que les autres partis, Syriza peut mener des politiques d’austérité sans susciter autant de mécontentements que les méchants libéraux et les vilains fascistes. L’extrême gauche se révèle donc la meilleure alliée du patronat. Et les anarchistes courent à leur remorque. Ils ne cessent de s’inféoder à cette extrême gauche dans des collectifs bidons (notamment pour combattre une supposée menace fasciste). Les anarchistes ne font qu’entretenir les illusions des gauchistes. En Grèce, même le snobisme moral du refus de voter est laissé à l’abandon pour s’aligner sur cette extrême gauche du capital.

Vous critiquez, vous critiquez, mais qu’est-ce que vous proposez ? Il faut répondre à cette injonction surtout destinée à faire taire toute critique. Aucun programme, aucun parti, aucun plan ne semble crédible. En revanche, il est possible de s’appuyer sur les luttes sociales. En Grèce, il existe des assemblées de quartiers. La radicalisation et la coordination des luttes permettent d’ouvrir de réelles possibilités nouvelles. Mais les assemblées restent encore sous l’emprise de l’extrême gauche et des anarcho-gauchistes. Il semble important de créer une véritable solidarité de classe entre travailleurs, chômeurs, précaires. Au-delà des catégories administratives, nous sommes tous des exploités. Les luttes ne doivent plus se contenter de jouer les aiguillons d’un gouvernement de gauche. Les assemblées doivent détruire l’Etat pour inventer une nouvelle forme d’organisation, sans hiérarchie ni exploitation.

 

Ce numéro évoque évidemment les luttes sociales. L’expérience histoire des années 1968 peut permettre de renouveler les pratiques de lutte. Dans un contexte de plein emploi et de société idéale des programmes de gauche, la contestation s'intensifie. Un bouillonnement social, politique et culturel refuse de séparer la politique de la vie quotidienne. Le philosophe Herbert Marcuse incarne une perspective de libération des désirs contre le conformisme marchand. En France, les maoïstes de la Gauche Prolétarienne surfent sur la contestation ouvrière. Mais ils se vivent comme une avant-garde qui doit servir le peuple. De manière moins ringarde, les ouvriers noirs de Détroit décident de s’organiser dans leurs entreprises.

Si les partis et les intellectuels insistent moins sur la centralité ouvrière aujourd’hui, les prolétaires et les exploités n’ont malheureusement pas disparus dans le monde réel. Mais ils ne correspondent plus toujours à la figure virile de l’ouvrier en bleu de travail, casquette vissée sur la tête et clope au bec. Dans les usines, il existe aussi des femmes. Les ouvrières prennent la parole et redressent la tête. Lorsque les femmes luttent, elles remettent en cause le capitalisme et le patriarcat. Les précaires peuvent également sortir de la résignation pour défendre leurs conditions de vie.

Les contre-cultures permettent de renouveler l’imaginaire de la contestation. Musique, cinéma et littérature diffusent une sensibilité critique qui remet en cause l'oppression marchande. La littérature érotique de Lilith Jaywalker alimente une remise en cause de l’ordre social et moral. Contre la pesanteur du nouveau puritanisme, la sensualité et le plaisir permettent un véritable épanouissement. Même les séries télés les plus populaires peuvent également permettre d’élaborer un regard critique. Les personnages de Friends refusent un mode de vie conformiste avec son couple, sa maison pavillonnaire et son boulot routinier. True Blood interroge le conformisme sexuel et le puritanisme. Des formes de sensualités diverses deviennent visibles. Les luttes sociales doivent s’appuyer sur ces nouvelles formes de critique de la vie quotidienne pour sortir de la routine militante et de son projet d’une autogestion de l’ennui.

 

Années 1968

La contestation des années 1968

Herbert Marcuse, philosophe radical

Les maoïstes de la Gauche Prolétarienne

Les luttes des ouvriers noirs à Détroit

 

Classes populaires

Femmes et ouvrières en lutte

La conscience politique des précaires

 

Cultures populaires

Contre-cultures et contestation

Erotisme, littérature et politique

Friends, une série contre les conformismes

True Blood : vampires et sexualités

Publié dans #Numéros complets

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Commenter cet article

djef 09/08/2015 11:05

mais oui mais c'est sûr, on l'attendait tiens depuis longtemps tiens l'antienne ultragauchiste. on est bien avec l'acuité habituelle: "Les luttes ne doivent plus se contenter de jouer les aiguillons d’un gouvernement de gauche. Les assemblées doivent détruire l’Etat pour inventer une nouvelle forme d’organisation, sans hiérarchie ni exploitation."
bravo quelle pénétration, c'est magnifiquement ciselé, fine analyse, vraiment, quelle débauche d'intelligence. avec ça, l'extinction de l'espèce est pour bientôt!
camarades fémino-situs de mes deux, allez un peu vous faire foutre à reculons, et je suis sûr que vous prendrez bien ce chant d'amour que je vous fais

momo 05/08/2015 08:49

Bref, la SEXPOL Anarchie reste notre seul espoir !
Bienvenu au club : www.antiintox.canalblog.com
D'ailleurs, n'est-ce pas ces bobo-bolchos qui après avoir lécher le cul des hippies les ont ensuite ridiculiser pour mieux les enterrer. Le masque tombe aujourd'hui, mais sera-ce suffisant pour dessiller les yeux des masses ?