Face au bloc fasciste : édito n°49

Publié le 9 Décembre 2021

Face au bloc fasciste : édito n°49

Les élections présidentielles donnent déjà lieu à un déferlement de propagande raciste et sécuritaire. Les gauchistes qui invoquent le "débouché politique" des mouvements sociaux à travers les élections en sont pour leur frais. Le dernier tour de piste d'un Méluche créolisé pourrait sembler sympathique. Mais le leader de l'extrême gauche, dès qu'il décolle dans les sondages, ne peut s'empêcher de lâcher une saillie complotiste et antisémite dont il a le secret.

Le reste du paysage politique sombre dans le nauséabond de manière encore plus visqueuse. Chaque candidat y va de sa surenchère contre les immigrés. Le président Macron a imposé un champ de ruines pour régner en maître incontesté. Le durcissement autoritaire est devenu son unique moyen de perdurer. "Le pouvoir ne tient que grâce à sa police", s'inquiète un éditocrate au cœur de la tempête des Gilets jaunes. Une fraction de la haute bourgeoisie et du patronat a déjà basculé dans le fascisme.

Pas besoin de se considérer marxiste pour constater que, quand des capitalistes choisissent leur camp, leur propagande intellectuelle et politique tourne à plein régime. Vincent Bolloré n'est pas un banal militant d'extrême droite. C'est un milliardaire qui défend ses intérêts de manière déterminée. Parfois plus discrètement, il semble que la Françafrique plutôt de tradition gaullo-chiraquienne se tourne vers une droite encore plus musclée. Pas question de céder aux aspirations écologistes de la jeunesse quand le commerce du pétrole et de l'uranium semble directement menacé.

Héritage des réseaux Foccart, officines, services secrets et mafias d'État grenouillent dans un univers qui pourrait faire fantasmer pas mal de complotistes. Tout le monde a oublié Jean-Marie Bockel, ministre falot qui a osé évoquer les intérêts capitalistes dans les anciennes colonies. Sa vie politique s'est faite éteindre dans la minute. Le fascisme ne se réduit plus à un groupuscule folklorique incapable d'accéder au pouvoir. Le fascisme est devenu l'opinion majoritaire dans une fraction influente du patronat français.  

 

Cependant, il reste indispensable de rappeler que le pire produit du fascisme, c'est l'antifascisme. La formule peut paraître provocatrice. Mais pas quand on voit le produit marketing intitulé "La Jeune Garde". Une posture gauchiste déconnectée des luttes sert de rabatteur pour la gauche électorale. Cet antifascisme vise à nous détourner du véritable ennemi qui est l'Etat démocratique. Violences policières, répression des Gilets jaunes, chasse aux immigrés, lois racistes et sécuritaires. L'heure n'est plus à l'antifascisme folklorique pour jours de fête.

Les antifas fustigent des groupuscules nazis, mais se gardent bien de critiquer l'Etat démocratique. Et encore moins la gauche qui parade et ose encore venir plastronner dans des manifs unitaires. Rien n'est pire que cette unité des sectes de gauche pour venir au secours d'un État démocratique à bout de souffle. D'autant plus que le véritable fascisme peut provenir d'un durcissement autoritaire du régime sous prétexte sanitaire, antiterroriste ou autre.  

 

La véritable riposte au fascisme provient évidemment de la lutte des classes. Ce sont les grèves de travailleurs sans papiers qui attaquent l'exploitation et le racisme. La sous-traitance et la multiplication des statuts vise à fragmenter le camp des exploités. Les sans papiers en grève démontrent qu'il est possible de tenir tête à un patronat tentaculaire. Plutôt que de s'indigner contre les multinationales et la finance, les sans papiers décident de s'organiser et d'occuper leurs agences d'intérim. Il suffit d'attaquer son supérieur ou son donneur d'ordre direct pour débloquer la situation.

Des perspectives s'ouvrent également avec une multiplication des conflits sociaux dans des secteurs précaires et peu syndiqués. La loi Travail de 2016 a fragilisé les possibilités de négociations entre patronat et syndicats. En cas de problème, la grève et la lutte collective deviennent la seule option. Ce qui permet de généraliser des pratiques de conflictualité sociale dans le monde du travail. Les luttes collectives construisent de la conscience de classe, de la solidarité et des réflexes d'auto-défense qui peuvent permettre de sortir de l'atomisation et de la fragmentation du salariat. 

La révolte aux Antilles attaque également l'Etat français. La lutte contre le pass sanitaire s'accompagne de revendications sociales. Les personnes en lutte dressent des barricades pour prendre le contrôle des axes routiers. La grève devient active et s'accompagne d'un véritable blocage économique. Les barrages sur les routes empêchent l'accès aux entreprises et débouchent donc vers une véritable paralysie économique. L'obligation vaccinale est levée pour le personnel soignant. On est loin des pleurnicheries complotistes et victimaires de Reinfo Covid et autres pacificateurs fascisants qui ont empêché l'émergence d'un véritable mouvement de lutte en métropole.  

 

Sommaire n°49 : 

 

Capitalisme extractiviste

Green New Deal et croissance verte

La gauche au pouvoir en Amérique latine 

 

Lutte des classes en Algérie

L’Algérie anarchiste de Mohamed Saïl

Contestations dans l’Algérie indépendante 

 

Lutte des classes en Espagne

L’insurrection des Asturies en 1934

Les anarchistes à Barcelone

Les assemblées ouvrières en Espagne

 

Capitalisme et communisation

Comprendre le capitalisme et ses évolutions

Révoltes contre le capitalisme

Stratégie et utopie communiste

Publié dans #Numéros complets

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