L’anarchisme contre le marxisme

Publié le 8 Avril 2016

L’anarchisme contre le marxisme
L'anarchisme et le marxisme proposent deux visions du monde différentes. Les histoires et les théories des deux courants s'opposent. Même si ces idéologies restent moins importantes que les mouvements de luttes.

 

La mode est aux convergences idéologiques. Les différentes boutiques politiciennes sont repeintes avec une hybridation de façade pour berner le consommateur de contestation. Olivier Besancenot et de Michaël Löwy ont récemment commis un livre qui évoque les affinités électives entre marxistes et libertaires. Ils évoquent notamment de nombreux épisodes historiques. René Berthier tente d’apporter quelques clarifications dans ce domaine. Il s’inscrit dans la tradition anarcho-syndicaliste qui demeure la composante de l’anarchisme la plus ancrée dans le mouvement ouvrier et la vie quotidienne des classes populaires. Son livre, Affinités non électives, revisite l’histoire de l’anarchisme.

Les marxistes tiennent à capter l’héritage libertaire en raison de leur discrédit lié à la barbarie de l’URSS. Surtout, ils observent que les luttes s’organisent de manière horizontale, avec un refus des hiérarchies et des bureaucraties comme les partis et les syndicats. René Berthier entend montrer la supercherie d’une confusion idéologique.

Mais, dès l’introduction, il révèle certains travers de l’idéologie anarchiste. Il rejette toute forme d’analyse marxiste, amalgamée avec le régime autoritaire de l’URSS. Les anarchistes, à défaut d’outil pour comprendre la situation actuelle, se réfugient dans l’activisme et la gestion des luttes ou dans la commémoration d’un passé idéalisé et manichéen : les gentils anarchistes massacrés par les méchants marxistes.

 

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Clivages historiques

 

L’Association internationale des travailleurs (AIT) émerge au début du mouvement ouvrier. Des marxistes et des anarchistes, proches de Proudhon ou de Bakounine, agissent dans la même structure. Des révoltes ouvrières éclatent. Les grévistes découvrent l’AIT qui participe alors au financement des caisses de soutien.

Les marxistes privilégient les élections et la politique parlementaire. Les anarchistes insistent sur la lutte des classes dans la perspective d’une auto-organisation. Même si le marxiste Anton Pannekoek et les communistes de conseils insistent également sur l’auto-émancipation du prolétariat. « La dénonciation de la social-démocratie comme fraction de la bourgeoisie constituera un des points de rencontre entre anarchistes et conseillistes », souligne René Berthier.

La Commune de Paris est devenu un moment fondateur pour tous les courants du mouvement ouvrier. Le centralisme étatique est alors remplacé par des organisation autonomes. Les initiatives locales, la spontanéité et la liberté individuelle sont valorisés. Ce qui s’oppose aux pratiques des socialistes autoritaires.

 

Le syndicalisme révolutionnaire s’inscrit dans l’héritage de Bakounine. Le syndicat regroupe les travailleurs, sur une base de classe, pour défendre leurs intérêts immédiats. Mais le syndicat peut aussi participer à une réflexion politique. « Unifiant dans un premier temps les travailleurs sur la base de leurs intérêts immédiats, l’organisation de classe est aussi un lieu où s’élabore et où se met en œuvre la politique qui mènera à leur émancipation », décrit René Berthier.

Pour Bakounine, les anarchistes doivent participer au mouvement de masse pas uniquement pour défendre leur spécificité et leur propagande. Les anarchistes doivent activement participer aux luttes ouvrières, sans posture d’extériorité. La Charte d’Amiens de 1906 défend l’autonomie des syndicats par rapport aux sectes politiques. Elle associe la lutte immédiate et la perspective de l’abolition du salariat. Mais cette charte refuse d’égratigner les partis, l’Etat et la démocratie parlementaire.

 

La révolution russe de 1917 révèle un affrontement entre marxistes et libertaires. Les soviets et l’auto-organisation du prolétariat sont vite encadrés par le parti de Lénine. Ensuite, la répression des anarchistes est mise en œuvre. « Dès novembre 1918, l’Etat bolchevik avait largement pris en main l’ensemble des rouages politiques et économiques du pays et mis en place un appareil de répression jamais vu », décrit René Berthier. Lénine prend le pouvoir à travers des manœuvres bureaucratiques. Un Soviet des commissaires du peuple reconstitue un gouvernement. Le pouvoir change dans ses formes mais pas dans sa nature.

La révolution espagnole de 1936 demeure un épisode incontournable. Les anarchistes s’opposent à la fois aux fascistes et aux staliniens, mais aussi indirectement aux républicains. La CNT apparaît comme une organisation libertaire de masse. Ses militants organisent la socialisation de la production agricole et industrielle dans les régions où ils sont implantés. La CNT comprend également les marxistes révolutionnaires du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste).

René Berthier attribue l’échec de cette révolution à des causes externes au mouvement anarchiste, notamment la répression. Mais il masque les pratiques des bureaucrates de la CNT avec la mise au travail forcée des ouvriers. Il ne répond pas aux critiques de Michel Seidman sur la mise en place d’une planification anarchiste.

 

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Clivages théoriques

 

Rosa Luxemburg critique les anarchistes de manière dogmatique. Elle s’oppose à la grève générale pour défendre la grève de masse, sans expliciter les nuances. Mais Rosa Luxemburg adopte cette posture pour ne pas se fâcher avec les organisations marxistes, particulièrement puissantes en Allemagne, qui la considèrent déjà comme une dangereuse libertaire.

René Berthier tente de critiquer le communisme de conseils. Il insiste sur la bureaucratisation rapide des conseils ouvriers. Ces formes d’organisation spontanées inventées par les prolétaires ne semblent pas permanentes. Ensuite, les conseils ouvriers ne sont qu’une simple forme vide de tout contenu politique. Pendant la révolution allemande de 1918, les réformistes sont nombreux dans ces conseils ouvriers et ne les orientent pas vers une perspective de rupture révolutionnaire.

Les conseillistes se distinguent surtout des anarchistes car ils refusent toute forme d’organisation permanente qui risque de subir une logique de bureaucratisation. Ensuite, les conseillistes s’opposent à l’autogestion qui n’est qu’une forme d’auto-exploitation. Les conseillistes estiment également que l’autogestion ne remet pas en cause la division du travail et la spécialisation.

 

L’anarchisme individualiste apparaît comme une aberration. L’organisation de la lutte ne mène pas uniquement à l’autoritarisme, et reste incontournable pour combattre des systèmes bureaucratiques. « Dans l’anarchisme, il n’y a aucune opposition entre l’individu et le collectif », souligne René Berthier.

Les anarchistes refusent la prise du pouvoir d’Etat, notamment à travers les élections. Bakounine estime que la bourgeoisie n’acceptera pas un vote qui donne le pouvoir légal à ceux qui veulent la déposséder. Bakounine propose une analyse de classe. L’Association internationale des travailleurs doit devenir l’organisation de classe du prolétariat. Inversement, l’Etat demeure l’organisation de classe de la bourgeoisie. Conquérir l’Etat à l’issue d’élections semble donc absurde. La simple candidature électorale permet de légitimer la domination de classe.

Bakounine propose alors la destruction de l’Etat. « Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir mais de le remplacer par l’organisation de classe des travailleurs, de remplacer le pouvoir politique de la bourgeoisie par le pouvoir social des travailleurs », précise René Berthier. Le prolétariat doit définir ses propres besoins et prendre en main l’organisation de la production. Les partis marxistes-léninistes adoptent une posture avant-gardiste. Ils prétendent guider et encadrer le prolétariat. Au contraire, les organisations de classe doit conserver leur autonomie et prédominer par rapport aux organisations idéologiques comme les partis.

 

CNT [CNT]

 

Limites de l’anarcho-syndicalisme

 

Ce livre de René Berthier permet quelques clarifications historiques et théoriques. Il peut apparaître comme une bonne introduction à l’anarcho-syndicalisme. Mais ce courant révèle également ses limites sur le plan historique et, surtout, par rapport aux enjeux actuels. René Berthier adopte la démarche inverse de celle d’Olivier Besancenot et de Michaël Löwy. Il radicalise les différences entre marxistes et anarchistes. Marx est montré comme un simple manipulateur d’appareil, ce qu’il est effectivement. Mais toute son œuvre ne peut être réduite à une simple défense de l’Etat et de la démocratie parlementaire.

René Berthier insiste au contraire sur les aspects les plus pertinents de Bakounine, avec son analyse de classe et sa critique de l’Etat. En revanche, Proudhon n’est pas vraiment à réhabiliter. C’est avant tout le théoricien des mutuelles et des coopératives comme changement social, plutôt que de la grève générale. Le dogmatisme de René Berthier semble particulièrement pertinent lorsqu’il s’agit de montrer les impostures du marxisme-léninisme qui défend la centralisation du pouvoir. Mais l’anarcho-syndicalisme n’échappe pas à des travers bureaucratiques.

Fidèle à ce courant, René Berthier estime qu’il revient à la seule organisation syndicale de réorganiser la société et l’économie. L’anarcho-syndicalisme peut s’apparenter à un marxisme autoritaire qui remplace le méchant parti par le syndicat vertueux. L’anarcho-syndicalisme reprend la posture avant-gardiste qui estime que le changement social doit être impulsé par une organisation déjà constituée. Certes le syndicat, dans la perspective anarchiste, refuse toute forme de centralisation et de bureaucratie. Mais, malgré les modalités et les protocoles formels, des hiérarchies informelles peuvent se créer. L’exemple historique de la CNT espagnole semble révélateur. L’anarcho-syndicalisme n’échappe pas à une volonté d’encadrement et de discipline des prolétaires.

 

L’anarcho-syndicalisme se construit dans la société capitaliste, et en reproduit nombre de travers. Une organisation révolutionnaire finit par s’adapter progressivement à la société dans laquelle elle évolue. La routine militante l’emporte sur l’horizon révolutionnaire. La gestion de l’existant devient l’unique perspective. Il suffit de jeter un œil sur la CNT Vignolles, certes davantage groupuscule folklorique qu’organisation de lutte, pour observer les travers de l’anarcho-syndicalisme.

Les organisations libertaires restent le nez dans le guidon et ne voient pas plus loin que la prochaine action, voire le prochain collage. Ce ne sont pas vraiment des organisation qui se projettent dans l’avenir. Ces groupuscules valorisent des « revendications transitoires », déconnectées des problèmes quotidiens des classes populaires et ridicules par rapport à une perspective révolutionnaire. Leurs revendications les plus exigeantes s’inscrivent finalement dans un aménagement de la société existante, mais plus vraiment dans une perspective de rupture avec le capitalisme.

 

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Communisme de conseils

 

René Berthier attaque le communisme de conseils. Il perçoit bien que ce courant marxiste propose des perspectives libertaires particulièrement pertinentes. René Berthier n’a pas de mal à tourner en dérision les travers d’une ultra gauche engluée dans l’impuissance et figée dans l’invariance. Surtout, il souligne pertinemment que les conseils révolutionnaires sont momentanés. Ils surgissent pendant un mouvement, mais peuvent disparaître ou se bureaucratiser. C’est leur faiblesse mais aussi leur force par rapport à une organisation permanente comme le syndicat.

C’est la spontanéité et la créativité du prolétariat qui permettent l’émergence de conseils. Cette forme d’organisation sort des cadres de la société existante pour dessiner des perspectives nouvelles. La démarche conseilliste permet d’épouser un mouvement dans son originalité plutôt que de plaquer un vieux schéma syndicaliste. Cette démarche permet de s’ouvrir à l’évènement et d’entrevoir les nouvelles possibilités.

 

Enfin, l’anarcho-syndicalisme semble très éloigné de la critique de la vie quotidienne, avec notamment son refus du travail. L’autogestion demeure une autre forme de gestion de l’ordre existant. L’anarcho-syndicalisme valorise même une morale du travail qui peut culpabiliser le travailleur autogéré de ne pas assez se sacrifier.

Le fédéralisme et l’autogestion ne font que proposer des formes nouvelles, mais sans réel contenu enthousiasmant. Il semble indispensable de permettre une transformation qualitative du quotidien, de rendre la vie passionnante. La production ne doit pas être seulement autogérée. Elle doit découler d’une manière de se rencontrer et de vivre qui devienne passionnante. Le communisme libertaire ne doit pas se contenter d’une gestion économique mais doit bouleverser tous les aspects de la vie.

 

Source : René Berthier, Affinités non électives. A propos du livre d’Olivier Besancenot et de Michaël Löwy. Pour un dialogue sans langue de bois entre libertaires et marxistes, Les éditions libertaires et les éditions du Monde libertaire, 2015

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Pour aller plus loin :

Vidéo : René Berthier, Voter : abdiquer ou décider ?, Les Reclusiennes 2013, mis en ligne le 29 mars 2014
Radio : émission Trous noirs "Anarchie et anarchistes", diffusée sur Radio libertaire le 11 janvier 2016
 
Interview de René Berthier publiée dans le journal Le Monde Libertaire le 7 avril 2016
Articles de René Berthier publiés sur le site Monde nouveau
Articles de René Berthier publiés sur le site "Nouveau millénaire, Défis libertaires"
René Berthier, L'anarchisme dans le miroir de Maximilien Rubel, publié sur le site Bibliolib.net
 
Kévin « L'Impertinent » Victoire, « La CNT considère que le syndicat se suffit à lui-même et n’a pas besoin de relais politique », publié dans la revue en ligne Le Comptoir le 18 janvier 2016
Le syndicalisme révolutionnaire, publié sur le site la Bataille socialiste
Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire, publié sur le site de la Confédération nationale du travail (CNT-Vignolles)
Pierre Bance, Pour un projet anarchiste de la convergence, publié sur le site Autre Futur le 14 septembre 2012 
Rubrique Idéologie syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste, publiée sur le site de la Fondation Pierre Besnard
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René B 11/11/2016 14:34

A propos d’Affinités non électives
10/11/2016

Camarades,
J’ai lu avec intérêt le commentaire que vous avez fait de mon livre, Affinités non électives, et je vous en remercie. Je souhaiterais apporter quelques commentaires à votre commentaire, ou disons quelques précisions. En effet, j’ai l’impression que l’auteur du texte saute en permanence entre le commentaire de ce que je dis et l’image fantasmée qu’il se fait de l’anarchisme d’une façon générale. En effet, lorsque je lis: 

« Mais, dès l’introduction, il révèle certains travers de l’idéologie anarchiste. Il rejette toute forme d’analyse marxiste, amalgamée avec le régime autoritaire de l’URSS »,
je me demande si vous avez lu mon livre. En effet, je ne rejette pas toute forme d’« analyse marxiste », au contraire je tente de mettre en relief les similitudes : Voir chapitre 7.2 sur Proudhon, voir aussi le chapitre 7.3 où Bakounine parle du Capital en disant qu’aucun autre ouvrage

« ne renferme une analyse aussi profonde, aussi lumineuse, aussi scientifique, aussi décisive et, si je puis m’exprimer ainsi, aussi impitoyablement démasquante, de la formation du capital bourgeois... »
Parlant de Bakounine et de Marx, je dis encore que « les analyses que font les deux hommes lorsqu’ils abordent des questions politiques sont souvent les mêmes, ce qui n’est pas surprenant vu leur formation intellectuelle à peu près identique ».
Enfin, je dis que « dans le domaine de la théorie (…) les réserves de Bakounine ne visent pas tant à nier la validité des positions de Marx qu’à souligner leurs insuffisances ». Etc.

Quant à ce que vous dites concernant les anarchistes qui se livreraient à la « commémoration d’un passé idéalisé et manichéen : les gentils anarchistes massacrés par les méchants marxistes », vous êtes, pardonnez-moi, à côté de la plaque, ou alors vous n’avez pas lu mon livre. En effet, page 170 j’explique pourquoi je ne parle pas de Makhno et de Kronstadt dans mon livre    :

« Kronstadt et la Makhnovtchina sont devenus des événements mythiques du mouvement anarchiste, au point d’en devenir agaçants dans la mesure où ils résument à peu près tout ce que le mouvement anarchiste a à dire sur la révolution russe, entretenant une sorte de “syndrome de la victime” et occultant toute réflexion sur les causes endogènes à l’échec du mouvement anarchiste dans la révolution. »
Ce que vous dites ne reflète donc absolument pas ce qui se dégage de mon livre. Et j’aimerais bien savoir où diable vous avez vu que j’amalgame l’analyse marxiste « avec le régime autoritaire de l’URSS ». C’est précisément un de points sur lesquels je me bats depuis des années dans le mouvement libertaire : le refus des amalgames. Je dis constamment à mes camarades  : « Si vous n’êtes pas marxistes, ne le soyez pas, mais pour de bonnes raisons. »

Je crains que vous ne fassiez avec l’Espagne ce que vous reprochez aux anarchistes de faire avec la situation russe : les « méchants » bureaucrates de la CNT et les « gentils ouvriers » qu’on soumet au travail forcé. De là à assimiler la militarisation du travail de Trotsky à la condition de l’ouvrier espagnol en 1936, il n’y a qu’un pas. Faut quand même pas déconner. Je n’insiste pas sur cette question parce que je sais qu’il est inutile de réfuter une opinion qui relève de la foi.
Concernant l’autogestion, je rappelle dans mon livre que « le terme d’autogestion, assez récent, ne figurait pas, à l’origine, dans la panoplie conceptuelle de l’anarchisme et de l’anarcho-syndicalisme ».

« Avant que l’autogestion ne devienne à la mode, aux alentours de mai 68, on parlait, dans le mouvement anarchiste, de gestion directe et de gestion collective de l’économie : cela ne se limitait pas à la gestion des entreprises. » 
J’ajoute en outre que

« ...le communisme libertaire ne s’identifie avec l’autogestion que dans la mesure où c’est le prolétariat organisé dans ses structures de classe – industrielles et géographiques – qui définit les objectifs globaux et les moyens. »

Là encore, il ne s’agit pas d’« autogérer » les entreprises  :

« Les anarchistes sont d’accord avec les conseillistes sur un point : ils ne visent pas à organiser un système où les entreprises seraient autogérées sans liens entre elles, sans un projet commun et sans avoir abattu le pouvoir politique de la bourgeoisie. L’autogestion d’une entreprise dans le système capitaliste s’appelle tout simplement coopérative. »
Si vous voulez en savoir plus sur mon point de vue là-dessus, je vous invité à lire « Réponse à : « Le communisme signifie l’élimination de la loi de la valeur et du cadre de l’entreprise » (http://monde-nouveau.net/spip.php?article486)

Il est exact que « l’anarcho-syndicalisme se construit dans la société capitaliste » : en effet, le combat contre la société capitaliste se fait par définition dans le cadre de la... société capitaliste. Je vois mal comment il pourrait en être autrement. Ou alors on lutte contre la société capitaliste sans organisation, juste par l’action spontanée. Je décèle effectivement dans votre discours de fortes pointes conseillistes.
Mais si l’anarcho-syndicalisme « reproduit nombre de travers » du système capitaliste, qu’en est-il des partis ? Je dis précisément que de vouloir à tout prix participer au jeu électoral, le NPA sombre dans la « routine militante » que vous reprochez à l’anarcho-syndicalisme.
Vous avez peut-être raison de reprocher aux organisations libertaires de ne pas voir « plus loin que la prochaine action, voire le prochain collage » : vous avez peut-être raison de le leur reprocher. Mais ce que vous remettez en cause, là, c’est le travail militant quotidien. Ça me fait penser à ces anarchistes du début du 20e siècle qui refusaient toute action qui ne menait pas directement à la révolution.
J’aurais cependant aimé que vous me disiez de quelle manière vous « projetez dans l’avenir », de quelle manière vous « rompez avec le capitalisme ».
Quant à vos reproches contre l’anarcho-syndicalisme qui est « très éloigné de la critique de la vie quotidienne », c’est une accusation totalement infondée. L’anarcho-syndicalisme et l’anarchisme en général ont toujours été extrêmement actifs pour créer des structures dans lesquelles les travailleurs organisaient leur vie quotidienne – bibliothèques, écoles, organisations de femmes (30 000 adhérentes à Mujeres libres [Femmes libres] en Espagne en 1936), contraception, hygiène, etc. Sur ce point-là, chers camarades, vous montrez votre profonde ignorance du mouvement libertaire.
Quant au « refus du travail », je ne sais pas ce que ça veut dire. Je ne sais pas ce que vous voulez dire par là.
J’ai connu des tas de gens qui proclamaient le « refus du travail » mais qui portaient des chaussures fabriquées par des travailleurs, des chemises fabriquées par des travailleurs, des pantalons fabriquées par des travailleurs, qui possédaient des télés fabriquées par des travailleurs, etc. Ceux qui font dans le « refus du travail » préfèrent sans doute que ce soit les autres qui travaillent pour eux. Ce sont des bourgeois, des exploiteurs en puissance.

Bien amicalement
René B.

Socialisme libertaire 15/04/2016 11:16

Merci à "Zones Subversives" pour ce point de vue !

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Salutations libertaires ★