Arthur Cravan : la vie est une aventure

Publié le 19 Août 2011

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Arthur Cravan, poète et boxeur, publie la revue Maintenant en 1912 dans laquelle il crache à la figure des références littéraires de son époque. Mais, surtout, il ne se contente pas d’écrire. Pour lui, un poète doit vivre intensément. 

  

Arthur Cravan inaugure le mouvement dada, influence André Breton et les surréalistes avant de devenir la référence majeure de Guy Debord. Mais, ce poète au physique de colosse a sombré dans l’oubli pour des raisons évidentes : sa poésie attaque la littérature et ceux qui la représente. Avec Cravan, être poète ne consiste plus à publier des vers ennuyeux dans de prestigieuses revues mais devient un art de vivre. L’aventure poétique s’oppose forcément au conformisme de la société bourgeoise.

 

Une vie de poète 

Le 22 mai 1887, à Lausanne, Fabian Avenarius Lloyd vient à ce monde qu'il quittera, trente et un ans plus tard, quelque part au Mexique, sous le nom d'Arthur Cravan. Durant son enfance, sa famille lui cache sa parenté avec le sulfureux écrivain Oscar Wilde, dandy londonien. Le jeune Fabian s’identifie à son oncle poète au physique imposant et à la vie aventureuse. Fabian s’intéresse davantage à la littérature et à la boxe plutôt qu'aux études qu'il abandonne rapidement. Il devient Arthur Cravan et commence à vivre pleinement.

De 1909 à 1914, il vit à Paris pour assouvir ses deux passions. Il devient champion de France des mi-lourds en 1910 et crée la revue Maintenant en 1912. Il rédige entièrement les 5 numéros qu'il distribue lui-même dans la rue. Arthur Cravan publie des critiques littéraires et artistiques et multiplie les provocations. Il méprise Gide, écrivain célèbre et homosexuel conformiste contrairement à Oscar Wilde. Il insulte les peintres du Salon des Indépendants et attaque l’art et les artistes officiels qui ne demandent qu'à être applaudis. Au contraire, Arthur Cravan tente d’interpeller son public.

Lors de conférences, il tire à coups de pistolet avant de parler, annonce son faux suicide et surtout critique l’art de manière virulente. 

A partir de 1916, il fuit la première guerre mondiale et rejoint une colonie de déserteurs à Barcelone puis part aux États-Unis en 1917. Durant cette période il écrit le texte Notes, découvert par André Breton, dans lequel il continue à exalter son rejet de l’art et des artistes. Il part ensuite au Mexique pour vivre une passion amoureuse avec Mina Loy, peintre et écrivain. Il disparaît ensuite mystérieusement.

 

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Une verve critique

 

Son oeuvre exprime une révolte particulièrement radicale contre le milieu artistique. Dans Maintenant n°1, Arthur Cravan écrit "La gloire est un scandale" et " J’ai toujours considéré l’art comme un moyen non comme un but". Il insulte Gide: " il a l’air d’un artiste; et je lui ferais ce seul compliment, au reste désagréable, que sa petite pluralité provient de ce fait qu’il pourrait très aisément être pris pour un cabotin". Dans Maintenant n°4, il attaque l’art et les artistes: "Il faut absolument vous fourrez dans la tête que l’art est aux bourgeois et j’entends par bourgeois: un monsieur sans imagination". Sa critique de l’exposition des Indépendants consiste à insulter un à un tous les artistes présentés. Il écrit à sa mère: "Cette exposition me dégoûte, il y a à peine 4 toiles à regarder sur 4000. J’y suis resté 10 minutes, le temps de traverser et m’asseoir au buffet pour regarder la tête de tous ses ratés en robes et en costumes tapageurs. Mon Dieu, heureusement que je ne suis pas peintre ! Je crois que j’y aurais foutu le feu ! "

 

Sa poésie invite à vivre intensément: "Je voudrais être à Vienne et à Calcutta, Prendre tous les trains et tous les navires, Forniquer toutes les femmes et baffer tous les plats, Mondain, chimiste, putain, ivrogne, musicien, Ouvrier, peintre, acrobate, acteur… : Je suis toutes les choses, tous les hommes et tous les animaux !", "moi à qui il suffit d’un air de violon pour me donner la rage de vivre; moi qui pourrais me tuer de plaisir; mourir d’amour pour toutes les femmes; qui pleure toutes les villes, je suis ici, parce que la vie n’a pas de solution".

 

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Une révolte irrécupérable 

Arthur Cravan ouvre le siècle des avant-gardes. A l’image du mouvement dada, il dénonce l’art et la littérature. Les écrivains tentent d’obtenir une reconnaissance des salons littéraires et revues influentes. Les artistes tentent également de susciter l’admiration de tous. De son côté, Arthur Cravan provoque et insulte pour se faire détester des milieux de la littérature semi-mondaine. La critique de l’art devient un art en soi. La destruction de l’art permet sa seule véritable réalisation. 

Le balladurien sénile Philippe Sollers prétend rendre hommage à Cravan dans Le Monde, torchon de la bourgeoisie assoupie, en 1996. Mais le seul hommage serait de continuer à cracher sur les artistes de pacotille devenus définitivement les laquais de tous les pouvoirs. La soif de reconnaissance médiatique ne fait qu'amplifier le phénomène. Cécile Guilbert, disciple servile de Sollers, ose également commettre un article qui évoque Cravan à travers le compte rendu d'un livre consacré au poète en 2010. Il semble toujours urgent d'affirmer la rage de vivre contre l'ennui de l'art officiel et la médiocrité des écrivains installés. Face aux artistes, surtout consacrés, l'humour, la dérision et le crachat sont la seule réponse à donner.

La révolte de Cravan, à l’image du mouvement dada, s’attaque à la hiérarchie imposé par le statut de l’artiste. D’un côté l’artiste organise son spectacle. De l’autre, les spectateurs se contentent d’applaudir sagement. L’art rend le spectateur passif, soumis et fait de l’artiste un conformiste assoiffé de reconnaissance mais incapable de créer, de provoquer, de subvertir et d’attaquer les conventions artistiques.

 

Mais à l’image du mouvement dada ou situationniste, Arthur Cravan peut être récupéré par les successeurs de ceux qu'il méprise. Face à cette figure originale, certains voient un précurseur. L’artiste et le poète bouleverse les normes et les conventions, mais pour en fonder de nouvelles. Arthur Cravan apparaîtrait alors comme une avant-garde condamnée à être muséifiée. Mais, il est également possible de s’inspirer du souffle et de l’énergie du poète pour continuer son œuvre de destruction de l’art et de réalisation de la vie. Mieux, comme le souligne Guy Debord, l’aventurier n’est pas celui à qui arrive les aventures mais celui qui les provoque. Le véritable poète ne doit pas se contenter d’écrire des poèmes, et peut même l’éviter. Mais il doit inciter le plus grand nombre à devenir poète et à mener une vie d’aventures.

 

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Pour aller plus loin :

 

Emission de radio sur France Culture

Cette émission transpire la critique convenue avec le postulat selon lequel un grand poète doit se contenter de noyer les lecteurs avec ses mots. Un poète devrait alors écrire beaucoup de poèmes. La poésie est considéré comme un art séparé de la vie. Mais les extraits de textes et l'émission peuvent donner des informations intéressantes.

 

Sur le site de la République des lettres:

Jacques Poirier, Biographie: qui est Arthur Cravan

 

Sur le site Excentriques.com: Arthur Cravan

Les 5 numéros de la revue Maintenant

Maintenant numéros 3 et 4

Textes d'Arthur Cravan sur le site La Revue des Ressources

Rédigé par zones-subversives

Publié dans #Avant-gardes artistiques

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