Un blog dans la révolution tunisienne

Publié le 3 Septembre 2011

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Le témoignage d'une blogueuse tunisienne insiste sur la lutte pour la liberté d'expression dans le soulèvement révolutionnaire dans son pays.

 

La liberté d’expression ne se donne pas, elle se prend. « Tunisian girl. Blogueuse pour un printemps arabe », publié aux éditions Indigènes, offre le témoignage d’une tunisienne qui s’engage dans le mouvement d’opposition au régime de Ben Ali. La lutte pour la liberté d’expression la conduit dans la rue et débouche vers un mouvement de contestation bien plus vaste.

Lina Ben Mhenni affirme son indépendance par rapport aux partis qui embrigadent et endoctrinent. L’auteur se perçoit comme un électron libre parmi une foule d’anonymes, sans leader, qui a renversé le régime de Ben Ali. Elle dessine le bloggeur en nouveau sujet politique. En Tunisie, un blog n’est pas uniquement un espace virtuel sans intérêt dans lequel des geeks se contentent de livrer leurs états d’âme insignifiants. Les blogueurs tunisiens qui s’intéressent à des sujets politiques sont censurés, arrêtés voire emprisonnés. Le blog permet de relayer les luttes sociales en donnant des informations sur les différentes formes de résistances politiques.

Des manifestations s’organisent pour la liberté d’expression et contre les arrestations politiques. Le 17 décembre 2010, la mort de Mohammed Bouazizi déclenche une nouvelle vague de manifestations à Sidi Bouzid. Les blogueurs ne peuvent pas s’y rendre mais tentent de relayer les informations. Mais les mouvements populaires sont durement réprimés, avec plusieurs manifestants tués par balles. Cependant, la contestation prend de l’ampleur. Les avocats se joignent aux catégories les plus populaires pour ébranler le régime politique. Des cybermilitants, atour du réseau Anonymous, pirates les sites des institutions tunisiennes qui, jusqu’à présent, contrôlaient la police virtuelle.

La lutte continue avec des manifestations et des affrontements avec les forces de l’ordre. La rue ne faiblit pas mais le pouvoir tunisien capitule face à l’ampleur de la révolte. La joie révolutionnaire balaye le régime. Mais les flics s’acharnent à vomir leur gaz lacrymogène. De jeunes émeutiers cagoulés affrontent la police dans des rues en feu.

 

Ce court livre insiste sur la libération de la parole. Mais la liberté d’expression ne suffit pas pour détruire un ordre politique. L’image d’une révolution virtuelle est d’ailleurs nuancée par Lina Ben Mehenni qui évoque les manifestations et les émeutes. « Les structures ne descendent pas dans la rue », comme disaient les manifestants en mai 68 pour relativiser l’influence de la pensée dite structuraliste.

Lina Ben Mehenni occulte les antagonismes sociaux et ne s’inscrit pas dans une analyse en terme de classe sociale. Au contraire, elle valorise un mouvement interclassiste avec l’image de l’avocate qui lutte au côté de la prostituée. La valorisation de la liberté d’expression permet de souligner la dimension politique mais occulte l’importance de la question sociale dans le déclenchement et l’amplification du mouvement. Aucune critique du capitalisme, de la misère, de l’oppression sociale et patronale n’est esquissée dans ce court livre. Mais ce témoignage vaut moins pour son analyse que pour l’expression subjective d’une blogueuse en lutte.

 

Pour aller plus loin:

Le blog Tunisian girl

Un article publié dans le journal Etrange Normalité sur le rôle subversif d'internet

Un entretien avec Evgeny Morozov qui nuance l'idée d'une révolution à travers internet

Une analyse approfondie du mouvement tunisien sur le site du collectif Lieux Communs

Une critique de cette dernière brochure est disponible sur le site de Ni Patrie Ni frontières

 

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