En Grèce, la lutte sociale s'amplifie

Publié le 31 Octobre 2011

 

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La Grèce apparaît le pays d’Europe le plus touché par la crise. Contre les différents gouvernements et politiciens de tous bords, le combat social s’intensifie.

 

 En Grèce, un mouvement social d’ampleur se construit dans un contexte de crise économique et sociale. Les différents médias livrent peu d’informations sur cette actualité pourtant brûlante. Les médias grecs ne cessent de mentir et les médias français préfèrent parler d’autres sujets. Mais la situation de la Grèce peut rapidement se propager, à moyen terme, à l’ensemble de l’Europe. Les élections présidentielles en France ne seront qu’un intermède aussi divertissant qu’insignifiant dans ce contexte de montée de la tension sociale.

 

 

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Le mouvement s’amplifie

Sur le site de l’Organisation communiste libertaire (OCL), un article décrit les évènements grecs. Le gouvernement grec impose des mesures d’austérité particulièrement dures. Départ forcé de fonctionnaires, nouvelles taxes, baisses des retraites supérieures à 1200 euros par mois, abaissement du seuil d’imposition à 5000 euros par an touchent les classes moyennes et populaires. La Troïka (FMI, banque centrale européenne et Commission européenne) impose des suppressions de postes dans la fonction publique, envisage de nouvelles taxes et la baisse du SMIC. En revanche, la bourgeoisie et les puissants armateurs grecs ne sont pas mis à contribution.

La mobilisation concerne de nombreux secteurs comme les chauffeurs de taxis, les salariés des municipalités et des hôpitaux. Des universités et des lycées sont occupés à partir de septembre.

A Veria, des habitants rebranchent l’électricité qui a été coupé. Un mouvement de refus de payer se développe. Le mouvement « Den Plirono » (Je ne paie pas) a bloqué les portes du Tribunal d’instance d’Athènes pour empêcher la vente de biens immobiliers saisis à des personnes endettées. Les employés des ministères ont occupés les locaux lors d’une venue de la Troïka. Le 27 septembre, un rassemblement organisé Place Syntagma se traduit par plusieurs heures d’affrontement avec la police.

 

 

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Les actions se multiplient

Le mouvement étudiant, particulièrement important, dénonce la désinformation des médias et la minimisation de la contestation sociale. Face à ses mouvements, le gouvernement socialiste de Papandréou répond par la répression, notamment contre les occupations de bâtiments publics.

« L’époque des vaches grasses est révolue. Personne ne nous a rien donné et nous ne devons rien donner à qui que ce soit. Nous ne paierons rien. Récupérerons ce qu’ils ont volé » annonce un collectif pendant une intervention-occupation du journal TV de Crête. « Organisons-nous dans le lieux de travail, dans les écoles et les universités. Brisons les chaînes de la hiérarchie et de la bureaucratie dans le travail. Bloquons l’économie » appelle ce collectif « Lycéens-étudiants-travailleurs-chômeurs ».

Le 7 octobre l’assemblée des anarchistes contre l’esclavage salarié « Ergalioforos » participe à l’ouverture d’un péage pour dénoncer Vinci, une entreprise française de construction. Le 8 octobre, des étudiants jettent des yaourts sur le ministre de l’intérieur au cours d’une projection cinéma. Des salariés de différents secteurs multiplient les actions de blocage et d’occupation de ministères et bâtiments publics.

Après l’occupation des places au mois de mai, les différents mouvements sectoriels se développent pour enraciner la lutte dans les quartiers, les entreprises, les universités.

 

 

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Les staliniens contre la grève générale

Deux jours de grève générale s’organisent les 19 et 20 octobre. L’accès au Parlement est bloqué par une barrière. Les affrontements avec la police ne sont plus déclenchés par une minorité d’anarchistes « encapuchonés » mais par l’ensemble des manifestants. Le jour suivant, la population est encore plus nombreuse afin de briser la barrière et occuper le parlement. Mais les staliniens du KKE, armés de bâtons et de matraques, s’opposent aux manifestants.

Jusqu’ici, les staliniens faisaient leur ridicules manifestations de leur côté mais ne nuisaient pas au mouvement social. Les médias soutiennent évidemment les staliniens, défenseurs de l’ordre, pour dénoncer l’attaque de casseurs anarchistes et de hooligans contre d’honnêtes travailleurs. La journée d’affrontements violents débouche vers la mort d’un syndicaliste du PAME, inféodé au KKE.

 


 

Le développement de syndicats de base

 

Le mouvement anarchiste grec, teinté d’insurrectionnalisme, est très souvent caricaturé y compris par ses partisans. Les anarchistes ne se contentent pas d’affronter la police à coup de cocktails molotov en faisant l’apologie de la fraude voire de la débrouille individuelle. Malgré la critique du salariat et des bureaucraties, les libertaires tentent également de construire des syndicats de base en marge des grandes confédérations. Un article publié dans la revue Z analyse cette stratégie libertaire du syndicalisme de base.

Une partie de la jeunesse se retrouve déclassée et se fait exploitée dans des boulots précaires dans le secteur des services, particulièrement important en Grèce. C’est dans ce contexte qu’émerge le syndicalisme de base pour rompre avec l’isolement et organiser la riposte sociale.

Le PAME, courroie de transmission des staliniens du KKE, est surtout implanté dans les secteurs traditionnels de la classe ouvrière (marine, docks, industrie) et dans les universités. Mais les communistes restent peu actifs dans le secteur des services. L’extrême gauche, composée de groupuscules trotskystes et maoïstes, est surtout présente dans les universités mais participe également aux syndicats de base lancés par les anarchistes. En revanche, il n’existe pas une tradition du syndicalisme de lutte comme en France avec les secteurs combatifs de la CGT, de Solidaires ou la CNT.

Le mouvement anarchiste demeure pluriel. Une multitude de collectif alimente une effervescence politique qui se traduit par des stratégies diverses : émeutes, squats , coopératives, syndicats de base, occupations. Les théories libertaires oscillent entre l’opéraïsme et un anarchisme plus classique, jusqu’à flirter avec une rhétorique marxiste-léniniste. Contrairement à la France, il existe peu d’organisations anarchistes structurées, type FA ou CNT. Mais le mouvement anarchiste comprend jusqu’à 4000 personnes à Athènes. Les « anarchistes sociaux », actifs dans les comités de base, se distinguent des insurrectionnalistes qui privilégient les actions violentes plus ou moins clandestines. Mais de nombreux anarchistes adoptent ses diverses stratégies de lutte.

L’organisation syndicale de base se construit par profession et non par entreprise. Ses structures locales se fédèrent par branche professionnelle mais n’est pas soumis à l’existence d’une confédération bureaucratique. Les syndicats prennent des décisions à travers des assemblées générales. En revanche, aucune union locale inter-professionnelle n’empêche les potentielles dérives corporatistes. Mais ses syndicats se construisent de manière égalitaire et rejettent toute hiérarchie bureaucratique. Cette stratégie d’actions directes collectives rallie de nombreuses personnes au-delà des jeunes libertaires déclassés.

Cette expérience renoue avec la tradition du syndicalisme d’action directe qui construit un rapport de force immédiat pour changer la vie quotidienne, avec une perspective de rupture révolutionnaire.

 

 

Ce n'est qu'un début

Les médias français s'intéressent surtout à Sarko superstar qui sauve le monde. Mais, dans la vie réelle, le projet prévu par les chefs d'Etat européens pour "sauver la Grèce" demeure vivement contesté. Les actions se multiplient et la contestation s'amplifie toujours plus. Ce contexte n'est pas sans rappeler la révolte en Argentine au début des années 2000. Ce pays, pourtant considéré comme un modèle par le FMI, est alors à la pointe des politiques libérales. L'Argentine est déclaré en faillite, comme la Grèce dans peu de temps. Mais des révoltes éclatent avec des occupations d'usines qui sont autogérés. Les chômeurs, aussi appelés "piqueteros", bloquent les routes et flux capitalistes. Ils organisent également des comités de quartier pour organiser la lutte à la base. De plus, en Grèce, une tradition de lutte existe fortement avec un mouvement anarchiste particulièrement fort. 

 

 

Pour aller plus loin :

Thierry G., "Retour à la base - Méditations sur le renouveau du syndicalisme grec", revue Z n°5, 

Sites d'informations consultés le 31 octobre 2011:

Sur le site Contra info 

Sur le Jura libertaire 

Sur le site de l'OCL (Organisation communiste libertaire)

Nouvelles hors les murs

Vidéo "Grèce: le commencement du saccage"

Vidéo Debtocracy sur la crise du capitalisme

 

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Rédigé par zones-subversives

Publié dans #Actualité et luttes

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