Des utopies immédiates

Publié le 29 Novembre 2011

 

 

 

 

Un documentaire présente différentes formes d'expérimentations sociales. Des espaces dessinent déjà les contours d'un dépassement de l'ordre marchand.

 

 

Isabelle Frémaux et John Jordan, dans un film qui accompagne un livre, enquêtent sur les différentes formes de société utopiques qui existent à travers l'Europe. Ce voyage à travers Les sentiers de l'utopie permet de présenter différentes manière de vivre, en dehors de la civilisation capitaliste et du tourbillon urbain.

 

Le Camp action climat s’inscrit dans une émancipation immédiate mais participe aussi à une lutte plus globale contre le capitalisme. Une zone, près de l'aéroport d'Heathrow, est occupée illégalement pour dénoncer les ravages écologiques du capitalisme et de l'urbanisme. « Notre passion fera la différence au bout du compte » affirme un occupant. Une pluralité de stratégies est alors envisagée pour sortir du système économique sans y participer directement. Les participants du Camp action climat privilégient l’action directe sur les moyens institutionnels. 

 

L’usine Jugoremedija, en Serbie, est autogétée. Ce sont les travailleurs qui prennent directement les décisions, sans patron ni hiérarchie. Dans cette entreprise pharmaceutique, les ouvriers en grève font repartir eux-mêmes la production.

 

Un campement autogéré redécouvre la solidarité et et l’entraide en tentant de fuir le monde marchand.

Les squatteurs de Can Masdeu, près de Barcelone, participent à faire vivre un quartier et s’impliquent dans les luttes sociales. Le développement d’un potager permet également de se réapproprier l’espace urbain.

 

Dans le village de Marinaleda, près de Séville, un pouvoir populaire s’impose avec les gens du village qui décident de prendre la mairie par les élections. Mais les paysans luttent aussi directement, par des grèves et des blocages de routes, pour reprendre la terre. Les paysans ne produisent plus pour des propriétaires mais pour eux-mêmes et s’organisent en coopératives. Une assemblée générale des quartiers doit permettre de faire vivre la démocratie directe.

 

Ses modes de vie alternatifs ont leurs limites. Ses nouvelles pratiques peuvent rapidemment sombrer dans l’autogestion de l’ennui et de la routine. Mais ses utopies concrètes peuvent s’articuler avec une lutte politique pour une rupture avec le capitalisme et la marchandise.

 

 

 

 

 

Dans les Cévènnes, des squatteurs occupent un village. Un occupant prétend vivre dans la liberté totale.

Longo Maï apparaît comme l’une des rares communautés qui perdure depuis longtemps. L’autogestion concerne tous les domaines de la vie, la production comme les relations humaines.

 

Dans la communauté appelée ZEGG, en Allemagne, la liberté amoureuse s’expérimente au quotidien. Le couple, l’exclusivité amoureuse et la jalousie sont considérés comme une construction sociale qui réprime les désirs. Des espaces sont aménagés pour l’épanouissement des relations sexuelles, et un érotisme constamment attisé. La sexualité, et la vie, semble appréciée sous un aspect plus qualitatif que quantitatif pour esquisser un communisme érotique.

 

A Christiana, les factures arrivent quand même souligne un de ses habitants et « l’utopie est nulle part » dans ce monde marchand. Il s’agit également d’une communauté qui parvient à s’inscrire dans la durée à travers des pratiques alternatives. Cette ville autogérée dispose de ses lieux commerciaux destinés aux touristes. Christiana n’obéit pas aux lois du Danemark mais fixe ses propres règles librement consenties : interdiction des armes, de la violence et des drogues dures. Avec la prise de décision au consensus, la démocratie devient lente mais commet moins d’erreur en prennant le temps de la réflexion pour écouter tout le monde.

 

Le documentaire choisit délibéremment de ne pas s’attarder sur les limites de ses utopies concrètes. Au contraire, il s’agit de puiser, parmi ses diverses expérimentations, des pistes pour les utopies qui restent à construire. La vie avance, non à partir de théories savamment conçues, mais à travers une sensibilité avivée pour la liberté.

 

 

Articles liés:

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Pour aller plus loin:

Documentaire "Les sentiers de l'utopie":

Partie 1

Partie 2

Le blog du livre-film d'Isabelle Frémaux et John Jordan

"Les Sentiers de l'utopie" - Rencontre avec John Jordan et Isabelle Frémaux, Article 11, 27 mai 2011

Sylvain Marcelli, "Nous pouvons vivre dès maintenant comme si nous étions déjà libres", L'interdit, 23 mars 2011

Conférence vidéo : Michel Lallemant et Isabelle Frémaux "Les alternatives à la domination capitaliste : l'utopie en pratique", publiée le 17 septembre 2013 sur la Web TV de l'Université de Nantes

Franck Poupeau, « Des gens formidables… », Le Monde diplomatique, novembre 2011

Rédigé par zones-subversives

Publié dans #Contre culture

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