Marée populiste pour noyer la révolte : édito 33

Publié le 26 Mai 2018

Marée populiste pour noyer la révolte : édito 33

Malgré l’échec du mouvement contre la Loi travail en 2016, la révolte perdure. Le mouvement social de 2018 connaît de nombreuses limites. Néanmoins, quelques secteurs sont partis en grève. Lae conflit à la SNCF reste le plus médiatisé, avec les blocages des facs. Dans les hôpitaux et même dans les entreprises privées, comme à Carrefour, la conflictualité sociale se développe.

Néanmoins, ce mouvement reste dans le cadre de l’idéologie citoyenniste et de la défense des services publics. On assiste à une addition de corporatismes, plus qu’à un mouvement d’ensemble véritablement interprofessionnel. Mais le gouvernement prévoit d’autres attaques. Une réforme des retraites ou de la Sécu peuvent déclencher une révolte plus globale.

C’est ce que redoute le gouvernement, mais aussi les vieux appareils de la gauche. Les bureaucraties syndicales, malgré leur effondrement, s’acharnent à vouloir encadrer la lutte et à entretenir la séparation. Mais, avec la manif du 26 mai, c’est le retour des morts-vivants. Avec la France insoumise à la manœuvre, c’est le come back fracassant de toute la vieille gauche qui mêle les débris de la social-démocratie et du stalino-trotskisme. Le bon peuple inter-classiciste s’indigne face à la finance apatride. Le marécage populiste recycle le vieux citoyennisme derrière la défense de l’Etat-nation.

 

Après Mitterrand, Tsipras, Iglesias et autres réformistes, la gauche d’Etat entend prospérer sur un reflux des mouvements sociaux pour accéder au pouvoir. Leurs partis sont les ennemis de l’autonomie des luttes sociales. Contre l’auto-organisation à la base, les vieux appareils hiérarchisés veulent s’imposer. Désormais, la France insoumise de Mélenchon ne fait plus rire. C’est devenu un danger sérieux pour l’auto-émancipation des luttes.

Le cortège de tête du 26 mai n'est que la version toto et folklorique de la gauche citoyenniste. Certes, Mélenchon, en bon national républicain, voit la casse d'un mauvais œil. Mais Alexis Tsipras a toujours soutenu les émeutes de 2008 en Grèce, autrement plus sauvages et spontanées que les black bloc. Chef d'une secte insignifiante, cette prise de position lui permet d'accéder au pouvoir. Les faux espoirs débouchent bien plus sur de la résignation que sur de la révolte.

 

Ce numéro arrive à point nommé pour attaquer cette récupération politicienne. Pour démistifier l'imposture de la gauche, le mieux est de revenir sur son bilan. L'histoire de la gauche au gouvernement n'a rien changer au quotidien des prolétaires. La social-démocratie met en place des mesures d'austérité. Le populisme de gauche tente de s'éloigner de ce modèle pour opposer le peuple face aux élites. Mais ce courant semble également autoritaire et centré sur le pouvoir d'Etat. La gauche du capital est soutenue par de nombreux intellectuels qui se vivent en rebelles mais ne font que refourguer un réformisme bien tiède.

Ce ne sont que les révoltes sociales qui permettent de changer le monde. Mais il semble important d'en faire un bilan critique pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. La Révolution française a permis à la bourgeoisie de confisquer la révolte des classes populaires. La révolution allemande de 1918 n'est pas parvenue à sortir du giron social-démocrate, malgré l'émergence de conseils ouvriers. Plus récemment, les soulèvements dans les pays arabes ont été écrasés par les élections ou la répression. L'insurrection de Mai 68 incarne la révolte joyeuse et libertaire. mais elle s'exprime davantage dans la rue que dans l'auto-organisation à la base.

Les communistes libertaires de 1968 renouvellent la pensée révolutionnaire. Cette mouvance valorise la critique de la vie quotidienne et s'appuie sur le communisme de conseils. L'auto-organisation des prolétaires doit inventer de nouvelles structures pour remplacer l'Etat. Loin de se réduire à une vague utopie. Ce projet de société s'invente à travers l'autonomie des luttes sociales.

 

 

Sommaire n°33 :

 

Gauche et France soumise

Les échecs de la gauche au pouvoir

Populismes de gauche et démocratie

L’imposture de la gauche du capital

 

Révolutions manquées

Réflexions sur la Révolution française

La révolution allemande de 1918

L’écrasement des soulèvements arabes

La révolte libertaire de Mai 68

 

Communismes de conseils

Les communistes libertaires de 1968

Réflexions sur le communisme de conseils

Une histoire de l’autonomie des luttes

Publié dans #Numéros complets

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Commenter cet article

Joëlle BERTHON 29/05/2018 08:13

En effet, la gauche d'état n' est que le contrefort technique du balancier de l'alternance transformé en idéologie... Cependant il semble que sortir des préjugés communs relève du leurre quand la moindre faille de lucidité est obstruée par des paquets de mensonges qui constituent le substrat des pouvoirs bio-politiques.