En marche vers la révolte sociale : édito 29

Publié le 24 Juin 2017

En marche vers la révolte sociale : édito 29

Le nouveau pouvoir en France est déjà largement discrédité. Ministres corrompus, défense des lobbies et des patrons, nouvelle version de la Loi Travail, parlement de crétins aux ordres, management et marketing comme vernis de rénovation. Le tout sur fond d'abstention historique. Bref, la situation est excellente.

Macron et son gang ont le mérite de renvoyer les « affaires » à leur insignifiance première. Il n’y a pas de « conflits d’intérêts ». Il y a simplement une classe sociale, la bourgeoisie, qui fait bloc pour défendre ses propres intérêts. Patrons, bureaucrates et politiciens forment une classe qui peut être traversée par des conflits et des rapports de force. Mais cette classe capitaliste sait parfaitement s’accorder sur l’essentiel : la défense de sa position de pouvoir dans une société qu’elle dirige.

Mais, en face, dans le camp des classes populaires, c’est toujours l’apathie. Il faut souligner que les cadres des organisations du mouvement social fréquentent largement cette classe capitaliste, ses salons de négociations et ses ministères. Une autre composante subit la précarité, éprouve des difficultés pour s’organiser, lutter, faire grève, imposer le moindre rapport de force. Des conflits existent dans de nombreuses entreprises, mais restent séparés, locaux, loin de toute perspective de coordination interprofessionnelle.

 

Le Front social semble vouloir dépasser cet isolement et s’appuyer sur la dynamique du mouvement contre la Loi travail. Mais le volontarisme militant révèle ses limites. Il faut aussi sortir de l’entre soi du syndicalisme de lutte qui se contente de harangues incantatoires qui ne permettent même plus de se rassurer. Il faut aussi réfléchir collectivement sur les difficultés de faire grève et sur les possibilités de bloquer l’économie, pas uniquement de manière symbolique. Il faut aussi s’interroger sur les limites du syndicalisme, même alternatif, qui cherche à fédérer par en haut mais reste surtout implanté dans quelques bastions et dans la fonction publique. Il faut inventer de nouvelles pratiques de lutte et ne plus se contenter du confort de la routine militante.

Il n'y a rien à proposer, aucun modèle à reproduire, encore moins de ZAD à étendre. Ce sont des comités de lutte locaux, impulsés depuis la base, qui peuvent permettre d'inventer de nouvelles formes de conflictualité. C'est dans la créativité des révoltes spontanées que surgiront les formes d'organisation les plus émancipatrices. Il nous faut maintenant réfléchir collectivement aux moyens de changer le monde sur les ruines de la marchandise. Personne n'a la solution miracle. Mais on sait déjà identifier quelques impasses, comme le prêt-à-penser gauchiste ou l'encadrement bureaucratique. Nous savons déjà que nous ne voulons plus d'une vie d'exploitation, de misère et d'ennui.

 

Ce numéro intervient au moment de la séquence des élections présidentielles. Un article ironise sur la mascarade électorale qui aboutit vers l'abstention record du dernier scrutin législatif. Un texte d'analyse présente des critiques radicale de la politique, de l'Etat et des institutions. L'anthropologie jette même un regard pessimiste sur les êtres humains et leurs organisations fondées sur la guerre et la prédation. La démocratie moderne baigne dans une culture multimédia qui repose sur une fausse tolérance pour mieux imposer un pouvoir autoritaire.

Le travail et l'exploitation sont également à éradiquer. Un article revient sur les différentes critiques du travail, de l'exploitation à la souffrance en passante par l'ennui. Un autre textes observent les nouvelles formes de précarisation au travail, avec des conditions de plus en plus dures.

Pour combattre ce monde, la bohème artistique s'est appuyée sur la créativité. Des peintres et des poètes se révoltent contre la misère pour valoriser les plaisirs de la vie. Mais l'art contemporain est devenu vide de sens. Absurdité et vulgarité ne portent plus aucun discours, encore moins d'émancipation et de liberté.

Les révoltes sociales peuvent s'accrocher aux imaginaires révolutionnaires. Les pirates attaquent les navires marchands et sabotent le commerce maritime. Ils ne recherchent pas le profit mais veulent vivre intensément. L'Italie des années 1970 reste un bouillonnements contestataire mythique. Grèves sauvages et révoltes spontanées rythment cette période. De quoi alimenter les luttes à venir contre ce nouveau projet de Loi Travail.

 

Sommaire n° 29 :

 

Contre les élections et la démocratie

Une critique des élections présidentielles

Une critique radicale de la politique

Anthropologie pessimiste et anarchisme

Démocratie moderne et culture multimédia

 

Abolition du travail aliéné

Une critique radicale du travail

Les nouvelles formes de précarité au travail

 

Pratiques artistiques

Une histoire de la bohème artistique

L’imposture de l’art contemporain

 

Imaginaires révolutionnaires

Les pirates contre le capitalisme

Grèves et lutte armée en Italie

Publié dans #Numéros complets

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