Révolte contre les crimes policiers : édito n°25

Publié le 20 Août 2016

Révolte contre les crimes policiers : édito n°25

Adama Traoré : tué par la police, bras armé de l’Etat. Voilà le seul mot d’ordre suffisant pour évoquer l’histoire de ce jeune homme qui n’est pas sorti vivant d’un commissariat. « Justice et vérité pour Adama », le slogan des pacificateurs semble déconnecté de la réalité. L’enjeu reste celui d’une révolte contre tous les crimes policiers et contre l’Etat. Demander « Justice et vérité » ne sert à rien. C’est surtout un slogan flou qui ne dit rien à personne, comme souvent dans les processions gauchistes.

Les habituels récupérateurs racialistes se sont rapidement saisis de l’affaire, pour évidemment en évacuer tout début d'analyse politique. "Urgence notre police assassine " accompagne la démarche de la famille auprès de la justice. Il n’est pas nécessaire de discuter des choix d’une famille endeuillée. En revanche, Black Lives Matter, le Parti des Indigènes de la République et autres groupuscules identitaires s’empressent de jouer leur rôle de falsificateurs.

Adama Traoré serait mort uniquement parce qu’il est Noir. Voilà la seule vérité ânonnée par ceux qui se placent du côté de la race. La police est effectivement raciste, elle l'a toujours été et le sera toujours. Demander une police non raciste tout en conservant l'Etat et les institutions relève de la blague. "Urgence notre police assassine" déplore même que « ses » morts ne soient pas autant pris en compte dans les tweets de Mélenchon. On est loin de la critique de l'Etat proposée par un de leur militant. La propagande identitaire et la Marche de la dignité sont passés par là entre temps pour éradiquer les discours trop critiques. Tous ces sous-gauchistes feraient mieux de s'en tenir à commenter les tenues des plagistes. 

 

Plus de 140 personnes ont été tuées par la police depuis 2000, généralement issues des quartiers populaires. Si la mort d’Adama Traoré est rendue visible en plein cœur de l’été, entre deux attaques terroristes, ce n’est pas grâce aux sectes racialistes. Ce n’est pas grâce à un lobbying politicien avec ses manifs inoffensives.  Ce sont les émeutes à Beaumont-sur-Oise qui ont permis d’attirer l’attention sur un jeune de 24 ans qui meurt dans un commissariat. Et oui, n’en déplaise aux racialistes, les révoltes spontanées des quartiers populaires restent plus efficaces que le lobbying politicien.

A Paris, la manifestation encadrée par "Urgence notre police assassine" s’est attachée à étouffer toute forme de colère. Les amis d’Adama se révoltent et les manifs parisiennes contre la Loi Travail appellent à tiennir la police en respect. Mais, pour les racialisateurs, il faut respecter la police républicaine. Ne pas céder à la provocation, selon leurs termes. Heureusement que les habitants de Beaumont-sur-Oise ont cédé à la provocation. Sinon, pas grand monde ne pleurerait sur le sort d’Adama. Le plus important, ce n’est pas de pleurnicher auprès de la Justice. C’est au contraire de se solidariser des émeutiers de Beaumont-sur-Oise et de dénoncer la répression qu’ils subissent, comme toutes les violences d'Etat. 

 

Après la mort d'Adama Traoré, les médias n'ont fait que relayer la propagande policière. L'observation conditions de production de l'information doit permettre d'élaborer une critique du journalisme. Ensuite, la police apparaît comme une institution violente. Son armement doit permettre de mâter les classes populaires. La police et les violences d'Etat révèlent la nature de la société marchande. La justice se situe clairement du côté de la bourgeoisie et vise à criminaliser les classes populaires. L'institution judiciaire permet uniquement la défense de l'ordre existant.

La lutte contre les crimes policiers s’inspire en partie des mouvements des Noirs aux Etats-Unis, sans critiquer leurs limites. Angela Davis montre la continuité des révoltes historiques avec les mouvements actuels. Des luttes de quartiers permettent aux classes populaires de s’organiser contre les problèmes de leur vie quotidienne. Ce modèle du Community organizing inspire de nombreuses associations en France. Mais ces structurations semblent trop figées. En revanche, il existe aussi des révoltes spontanées dans les quartiers populaires. Les conditions de vie et la misère sociale expliquent les explosions de colère.

Il existe aussi une histoire de la lutte de classes qui peut inspirer les révoltes actuelles. Dans les années 1968, le Parti socialiste unifié propose de soutenir les luttes entre posture radicale et discours gestionnaire. Mais l’histoire du XXe siècle reste rythmée par des révoltes spontanées. Des émeutes ouvrières éclatent à Saint-Nazaire en 1955. Dans ces moments s’inventent de nouvelles formes de lutte et la vie devient plus intense. 

 

 

Sommaire n° 25 :

 

Propagande et répression

Une critique du journalisme

Police et violences d'Etat

Clemence Darrow, un avocat contre la Justice

 

Les luttes des Noirs aux Etats-Unis

Angela Davis et les luttes actuelles

Les luttes de quartiers à Los Angeles

Le modèle du Community organizing en France

Les émeutes de Chicago en 1919

 

Luttes de classe dans la France du XXe siècle

Le PSU, un parti dans les années 1968

Révolte ouvrière à Saint-Nazaire

Publié dans #Numéros complets

Repost 0
Commenter cet article