Révolte étudiante : édito n°12

Publié le 16 Décembre 2013

Révolte étudiante : édito n°12

A Montpellier, un début de révolte s’organise face à l’austérité. Des salariés licenciés, comme ceux de Sanofi, continuent leur lutte et tentent d’esquisser une convergence de toutes les colères.

Mais c’est de l’Université Paul-Valéry (Montpellier 3) que la révolte semble la plus massive. Les étudiants en lettres, en sciences sociales et dans divers domaines artistiques sont sommés de se plier à l’impératif de rentabilité. Le gouvernement, avec la collaboration hypocrite de la présidence de l’UM3, prépare une liquidation des filières qui ne se soumettent pas aux normes de compétitivité et de professionnalisation. A Paul-Valéry, le tirage au sort doit limiter le nombre d’étudiants inscrits, en autres joyeusetés.

Le mouvement étudiant semble très sage à ses débuts. Encadré par les bureaucraties syndicales, un comité de mobilisation se contente de distribuer sagement des tracts sur la loi Fioraso. Pendant plusieurs semaines, les syndicalistes ne parviennent qu’à étendre leur routine militante à leurs quelques sympathisants. Mais une Assemblée générale décide de passer à la vitesse supérieure. Le blocage des cours avec piquets de grève s’organise, au grand désarroi des bureaucrates qui ont peur d’être débordé par un mouvement d’ampleur. Mais la grève ne dure qu’une semaine. Ensuite, ce sont des journées de blocage qui sont votées unes à unes.

 

Deux mouvements se distinguent dans cette lutte. Le premier offre le visage peu ragoutant de la bureaucratie. Assemblées générales interminables et ennuyeuses, rivalités politiciennes, comités de mobilisation qui privilégient l’organisation technique sur la réflexion politique, manifestations inoffensives, formalisme démocratique qui empêche les initiatives spontanées… Le tout exprimé dans le langage désuet de l’extrême gauche du capital. Les bureaucrates veulent « sauver l’Université » et défendent un improbable réengagement de l’État. Il s’agit d’aménager la barbarie marchande à travers des propositions constructives et des revendications crédibles qui sont toujours les mêmes.

Mais un autre mouvement, plus sauvage et spontané, permet une ouverture de la réflexion et des possibilités d’action. Le "saccage" de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI : le patronat local) et la "séquestration" du Conseil d’administration qui vote les mesures d’austérité en sont les visages les plus visibles. Ce sont aussi certaines discussions passionnantes dans un amphi occupé, sur les piquets de grève et dans la rue. C’est aussi un espace ouvert, pour se rencontrer et échanger des idées, organisé spontanément par des étudiantes qui ne se contentent plus du prêt à penser réformiste. C’est la joie de se retrouver et le plaisir de rencontrer de nouvelles personnes. C’est la créativité et l’humour de certains tags et affiches qui tranchent avec la grisaille du militantisme gauchiste. C’est la routine du quotidien enfin perturbée pour vivre intensément.

 

Pourtant cette composante joyeuse et spontanée de la lutte semble noyée par le discours des bureaucrates, leur avant-gardisme poussiéreux et leur militantisme sacrificiel. La révolte ne parvient pas à se propager. La plupart des étudiants de Paul-Valéry sont plus attachés à la routine de leurs cours qu’à une lutte qu’ils vivent en spectateur. Quelques universités commencent à se mobiliser mais le mouvement de Montpellier reste globalement isolé. Les salariés hésitent également à initier un mouvement. Même la réforme des retraites n’a suscité qu’une manifestation bien peu massive.

Les étudiants de Montpellier ont pourtant relancé la révolte. Ils se sont rencontrés et organisés pour commencer à agir collectivement face à l’austérité. Ce mouvement reste une expérience de lutte qui brise la routine du quotidien pour diffuser le plaisir de la révolte.

 

 

Ce nouveau numéro évoque la pensée critique actuelle. Une gauche radicale tente d’encadrer les mouvements sociaux. Cette extrême gauche du capital se contente de tenter d’aménager la barbarie marchande. Éric Hazan et Kamo insistent au contraire sur la nécessité d’une rupture révolutionnaire pour inventer une autre société. Mais ce mouvement doit provenir des exploités eux-mêmes et non d’une quelconque avant-garde bureaucratique.

 

L’histoire du mouvement ouvrier permet de nourrir la réflexion sur la transformation sociale. En Amérique, l’histoire de la lutte des classes se construit dans la violence et dans un antagonisme social clairement affirmé. Les organisations ouvrières ne restent pas cloisonnées dans le cadre de la légalité bourgeoise. Rosa Luxemburg insiste sur l’importance de construire un mouvement ouvrier autonome de la politique bourgeoise. Elle montre bien les pièges de la collaboration de classe dans les gouvernements et les limites de la délégation. Daniel Guérin analyse le Front Populaire et le mouvement de 1936 en France. Les ouvriers s’organisent spontanément et inventent leurs propres structures de lutte. La grève à PSA-Aulnay permet un retour de la lutte des classes dans l’actualité. Les ouvriers conservent leurs réflexes de lutte et d’auto-organisation.

 

L’aménagement du territoire et la catastrophe écologique apparaissent également comme des enjeux majeurs. Les pouvoirs publics imposent une manière de vivre destructrice et aliénante.

Anne Clerval observe l’embourgeoisement de Paris et des grandes villes. Le cadre urbain semble désormais aménagé pour abriter une petite bourgeoisie intellectuelle noyée dans le conformisme social.

La lutte contre le nucléaire conteste également l’aménagement du territoire et le capitalisme productiviste. Malgré de nouvelles formes de lutte, le mouvement anti-nucléaire demeure spécialisé et séparé d’une perspective d’un changement global de société. Des luttes et des réflexions existent pourtant pour remettre en cause l’ordre marchand et son mode de vie artificiel. Même durant la période des « Trente glorieuses », la société industrielle était remise en cause.

Il semble important de construire un mouvement pour balayer l’horreur marchande afin d’inventer de nouvelles manières de vivre.

 

 

Sommaire n°11 :

 

Pensée radicale :

La gauche radicale contre l'austérité en Europe

Penser le processus révolutionnaire

 

Révoltes ouvrières :

Guerre de classe et illégalisme en Amérique

Rosa Luxemburg et le socialisme français

Daniel Guérin et le mouvement de 1936

Révolte ouvrière à l'usine de PSA-Aulnay

 

Société industrielle moderne :

Lutte des classes et urbanisme à Paris

La lutte antinucléaire en France et ses limites

La contestation de la modernisation industrielle

Journal Zones subversives n°11

Publié dans #Numéros complets

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